Se pardonner


Billets d'humeur / Friday, May 17th, 2019

J’ai longtemps eu énormément de colère en moi et un fort besoin d’exister, d’être approuvée, qu’on me dise que j’avais ma place en ce monde, de me sentir légitime.

Couplé à ça, mon HPI (Haut Potentiel Intellectuel) avec ma perception suraiguë de l’injustice, des émotions des autres, des mécaniques sociales et mon incapacité à m’intégrer réellement dans un groupe sociale.

Saupoudre d’une dose de faux-self propre aux HPI pour être un petit caméléon social, et tu obtiens une jeune femme très en colère, qui ne se définit que par les autres, qui a un trop fort besoin d’être reconnue et qui impose son sens de la justice aux autres.

Bref, une connasse.
Du genre qui peut faire du mal aux autres en se sentant parfaitement légitime.
Du genre qui s’entoure des mauvaises personnes parce que ces personnes là sont présentes, omniprésentes, pour combler leurs propres besoins de manière peu saine.
Du genre qui tombe amoureuse d’un pervers narcissique qui l’isole en attisant sa colère intérieure pour qu’elle se mette à dos son entourage et qui joue sur ses insécurités pour être le seul à pouvoir y répondre.
Du genre qui essaie de se conformer à toutes les attentes sociales mais pour qui ça ne “prend” jamais (un peu comme la mayonnaise, tu vois ?)
Du genre qui refoule ses traumas d’enfance pour essayer d’avancer droit et se construire mais qui du coup renie une partie d’elle-même.
Du genre à auto-saboter inconsciemment les amitiés naissantes parce qu’elle ne se sent plus légitime d’être aimée après des années passées dans les conditions mentionnées ci-dessus…

Et bien ça, c’était moi.
Jusqu’à très récemment.
Jusqu’à mes 28 ans environ.

J’ai vécu des choses douloureuses autant que j’en ai fait vivre, en toute honnêteté.

Et puis j’ai voulu tourner la page et avancer. Et autant j’ai réussi à pardonner presque tout (les jalousies de mariage, le bizutage malsain en guise d’EVJF, les tromperies, les médisances, les coups bas, les trahisons… bref, les accidents d’immaturité) et presque tout le monde (l’ancienne coloc qui te fait passer pour un monstre aux yeux de ton cercle social, la copine qui aurait pu devenir une amie si elle ne s’était pas vexée bêtement, ma mère enfermée dans son propre schéma de victimisation, l’ancien meilleur ami qui a choisi sa copine de l’époque quand elle et moi avons eu un différent, l’ex pervers narcissique qui a usé des abus subis gamine pour te contraindre moralement…) MAIS je n’arrivais pas à me pardonner moi!

Se pardonner d’avoir fait souffrir autant qu’on a pu souffrir.
Se pardonner d’avoir été faible.
Se pardonner de ne pas avoir compris.
Se pardonner les tempêtes émotionnelles.
Se pardonner d’avoir tenu le rôle de bourreau et de sauveur dans le triangle de Karpman de certainEs.
Se pardonner les erreurs de parcours, d’amitié, de choix, d’amour.
Se pardonner d’avoir sombré dans les délires médicaux familiaux.
Se pardonner de ne pas avoir fait la paix plus tôt avec le passé.
Se pardonner l’imprefection de n’être qu’humaine, au final.

Alors j’ai commencé par faire le deuil des situations injustes : je ne pourrais pas “right every wrongs” depuis ma naissance. So be it. J’ai lâché prise sur ces situations qui m’avaient blessée et dont la douleur me suivait encore.

Puis j’ai acceptée mes mauvais côtés et comportements de l’époque : mes pétages de plomb, mes interventions non demandées, mes mauvais choix de mots, mes erreurs de timing, mes tempêtes émotionnelles…

A l’époque (ou plutôt je devrais dire “aux époques” ^^’) j’étais la meilleure version de moi-même possible. Et vu d’où je partais, c’était déjà bien que je ne sois pas pire que ça.

Partant de là (je devais déjà avoir bien 25 ans à ce stade) j’ai commencé à accueillir tous les petits moments “Scumbag brain”. Tu sais, ces moments où ton cerveau décide qu’au lieu de t’endormir sagement, il va faire remonter la fois où tu as vécu un truc qui te fait soit culpabiliser soit souffrir ? Ces moments là, précisément, j’ai décidé de les accueillir. Plutôt que de maudire mon cerveau de me faire revivre ces moments là, je l’ai remercié. J’ai rejoué les scènes une dernière fois et j’ai tout accepté.

Je me suis pardonnée.

Et j’ai accepté qui j’étais.
J’ai accepté de ne pas être parfaite, de faire des erreurs, d’avoir mes blessures, mes besoins, mes failles.
J’ai accepté que j’avais un fonctionnement différent.
J’ai accepté cette différence.

J’ai compris que je ne suis pas la somme de mes erreurs et mes blessures, de mes pires moments et des pires versions de moi-même.

Aujourd’hui, enfin, je vis en paix avec moi-même.

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