Maman, je crois que j’aime les filles


Sexualité / Monday, September 6th, 2021

Version audio 5’16

C’est la phrase que j’ai prononcée à ma mère quand j’avais 5 ans.

En grand section, il y avait cette petite fille, Clémence, et je voyais souvent sa grande soeur, Fanny. Elles étaient sublimes. De vraies princesses à mes yeux de petites filles, et j’étais triste de ne pas être un chevalier. J’embêtais tout le temps Clémence. Je lui ai même coupé les cheveux avec un ciseau une fois (y avait des ciseaux à bouts ronds à disposition en classe de grande section, que voulez vous). J’avais vraiment toute l’attitude persécutrice qu’on attribue aux petits garçons quand on dit “Il t’embête parce qu’il t’aime bien”. C’était moi. Avec Clémence. Forcément la maitresse ne laissait pas passer. Et ma mère un jour m’a demandé pourquoi j’embêtais autant Clémence.

“Maman, je crois que j’aime les filles.”

J’avais un “amoureux” (en maternelle, tmtc) pourtant. François. C’était l’amoureux de plein de filles de la classe. Mais je voulais aussi une amoureuse. Mais personne ne voulait être mon amoureuse. Parce qu’il n’y a qu’un garçon et une fille qui peuvent être amoureux.

“Tu es trop jeune pour savoir ça ma chérie. Tu verras en grandissant si c’est toujours comme ça. On peut aimer les filles et les garçons. Mais là tu es trop jeune.”

Avance rapide jusqu’au collège.

Florence. A l’age où tout le monde commence à avoir des histoires de coeur, à s’intéresser au sexe opposé, moi j’écrivais des lettres à des copines, qui m’écrivaient en retour. Et puis avec Florence, on s’écrivait beaucoup. On était vraiment super copine. Il se trouve que Florence, je l’apprendrai plus tard, était lesbienne. Elle s’était faite charrier par rapport au fait qu’on s’écrivait énormément ; moquer sur le fait qu’elle devait être amoureuse de moi. Et du coup, au lieu de faire son coming out, elle a dit que c’était moi qui était lesbienne. Pourtant j’étais grave éprise de Rémy, le grand et beau rugbyman. Mais j’aimais aussi Florence, jusqu’à ce qu’elle me lâche en pâture à ses copines harceleuses qui du coup m’ont fait vivre un enfer, pensant que j’étais lesbienne, alors que je ne me posais même pas ce genre de questions à cet âge.

Puis j’ai eu mon premier copain. Bon. On va être clair, c’était pas ouf. Ca n’a pas duré.

Arrive le lycée. Ma petite bande de copines. Les garçons ? Pourquoi faire ? J’ai mes “chéries” et je suis très bien ainsi. On est copine. On est amie. On s’aime d’amour. C’est ça la vie ! Et puis je suis tombée amoureuse de mon premier. Celui avec qui tu perds cette construction sociale qu’est la virginité. Je suis restée 3 ans avec. Je suis toujours en contact avec lui. Il a été une part importante de ma vie.

Puis la fac. Les flirts avec les nouvelles copines. On se roule des pelles en soirée alcoolisées. On parle cul. Beaucoup. Hétéro. Lesbien. Gai. Le sexe c’est le sujet de conversation numéro 1 des soirées arrosées. Puis je me mets en couple avec mon ex manipulateur. On part en Angleterre. On se sépare. J’enchaine les mecs. Je ne reste jamais célibataire plus de 15 jours. J’ai des copines qui me révèlent qu’elles se mettraient bien en couple avec moi. Mais j’suis fidèle à des connards (quelle connerie, sérieux !).

Et puis le Captain.

Ces traits de caractère considérés comme féminins vont très bien avec mes traits de caractère considérés masculins. Chez nous c’est un peu l’inversion des clichés de genre sur beaucoup de points. C’est pour ça que l’arrivée de MiniCaptain va aussi beaucoup nous ébranler. Je suis mère maintenant, et lui père, pas le choix que de rentrer dans certaines cases des rôles de genre alors que ça ne nous correspondait pas forcément. J’élève désormais un garçon. Puis deux. Je veux les élever dans un foyer safe et allié. Pour eux mais aussi pour leur cercle de potes quand ils grandiront.

Et puis, le féminisme.

Que j’approfondis toujours plus depuis ma maternité. Cet objectif d’élever mes garçons dans la tolérance d’une part, et dans un foyer safe d’autre part vire parfois à l’obsession. Obsession qui vire à l’introspection.

Et puis TikTok.

J’vous vois sourire et vous moquer. Mais c’est grâce à la communauté LGBTQI+ de TikTok que je découvre la bi-phobie et les mécanismes de protection. Des femmes qui se disent lesbiennes alors qu’elles sont bi pour ne pas subir la bi-phobie. Des femmes qui n’ont relationné qu’avec des hommes pour rentrer dans la case hétérodoxies et ne pas subir la bi-phobie.

Et puis aujourd’hui.

Je n’ai plus envie de me cacher. Je suis bi. Mon homme le sait. Quand la mort a frappé notre famille en pleine pandémie, mon angoisse de perdre celui que j’aime a ressurgi. On en a beaucoup parlé. Et je lui ai dit : “Si un jour tu meurs, saches qu’il n’y aura plus d’hommes après toi dans ma vie. Tu seras le dernier. Par contre il y aura des femmes”

Voilà.

J’ai peur en écrivant ce billet.

Mais je ne veux plus me cacher.

Maman, j’ai grandi.
Maman, c’est toujours comme ça.
Maman, j’aime aussi les filles.

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