BPR, l’acronyme d’une dérive


Parentalité / Wednesday, December 2nd, 2020

Version audio 7min17

Je te rappelle que tu es ici sur mon blog ou j’exprime mes opinons. Je partage mon point de vue, mes pensées… Ce rappel me semblait plus que nécessaire avant de commencer.

Après avoir écrit sur l’aliénation des mères 2.0, j’écrivais dans cet article pour la première fois “BPR” cet acronyme qui commence à voyager au delà de mes réseaux, alors je pense qu’il est temps pour moi de faire clairement un point sur cet acronyme et ce que j’y mets derrière.

B.P.R. pour Bienveillante / Respectueuse / Positive

Et je pourrais aussi rajouter : anti-VEO, en conscience, éveillée, maternante… Bref. Tous ces beaux adjectifs qu’on rajoute derrière “parentalité” pour montrer que nous ne sommes pas juste des humains ayant engendré d’autres humains, mais des gens réfléchis et conscients.
Cet acronyme est né d’une frustration énorme de voir les gens ne pas se sentir concernés face aux critiques de l’éducation bienveillante “Ah oui mais leur bienveillance, ça frôle le laxisme, heureusement nous on pratique une parentalité respectueuse” et certains de renchérir “Respecter les enfants c’est bien, mais être dans une relation consciente/conscientisée avec eux, c’est mieux”… Et tout le monde se tire la bourre à qui mieux-mieux alors que tous sont dans les mêmes dérives quelque soit le nom.
C’est comme ça que j’en suis arrivée à parler de parentalité BPR (Bienveillante, Positive, Respectueuse donc, pour les deux du fond qui ne suivrait pas), pour englober TOUTES les formes de ces nouveaux dogmes parentaux. Un peu comme #menaretrash ou #acab, tu vois ? Histoire qu’un maximum de monde se sente concerné, même si évidemment on n’échappe pas à #notallparents et #notmyeducation parmi ce dogme BPR.

Mais du coup, c’est qui le dogme ?

Lecteurice qui ne me suit pas sur Instagram, il faut que je te donne le contexte de ce qui a donné lui à cette question brûlante. Depuis la publication de mon billet sur l’aliénation des mères 2.0, je reçois toutes les semaines des témoignages de maman sur Instagram qui partagent avec moi le fardeau qu’a représenté ce courant dogmatique de parentalité. Elle déposent leur histoire. J’accueille leurs histoires. Et des fois c’est dur. Comme ces deux témoignages successifs, cet été, de mères qui me confiaient qu’elles auraient aimé tomber sur mon blog avant de tenter de mettre fin à leurs jours , l’une d’elle étant à l’époque en unité mère/enfant en hôpital de jour. Et là, j’suis passée d’un mode Bruce Banner “I’m always angry” à un Hulk bien vénère full mode et j’me suis énervée en story en épinglant plein de comptes problématiques car dogmatiques. Evidemment, quand tu call-out des influenceuses parentalité, ça ne passe pas. J’ai pris un backlash de folie me faisant accuser de maternage-bashing et d’être pro-violence envers les enfants (mais tu vois, j’suis quand même toujours là aujourd’hui, avec deux enfants en vie, sans bleus et plutôt équilibrés malgré le TDAH et le TSA de mon aîné).

A ce jour, j’ai une ébauche de réponse à cette question “C’est qui le dogme ?” particulièrement sur les réseaux sociaux, précisément sur Instagram. Donc on a 4 niveau de personnes qui portent le dogme :

  • LES PREDATEURS

    Clairement, j’vais pas être tendre avec ces gens là, qui vivent littéralement de la détresse parental et l’entretienne pour en faire un véritable business. Avec pour étendard de se soucier des enfants avant tout, on fait peur au parent et on leur vend des groupes de soutien, des suivis à distance, des formations… 97€, 497€, 997€, 3000€ les chiffres grimpent VITE avec ces gens là. Et, vraiment, y a pas d’autres mots que prédateurs. Ces gens là font commerce sur la détresse parentale, les mamans en plein burn out, les dépressions post-partum… A mes yeux ces personnes devraient être poursuivies pour abus de faiblesse (Hulk, calme toi)
  • LES BUSINESS PARENTALITE

    La parentalité, ça fait VENDRE ! Toutes ces jeunes mamans qui ont tellement de choses à communiquer, de belles valeurs à véhiculer, des convictions à partager… Rahlalala que c’est beau! Oh moins aussi beau que les vitrines de Noel qui, elles aussi, veulent juste partager la magie de Noel sans t’inciter à rentrer dans la boutique pour acheter. Rohlalalal non! Pas du tout! Madeline, que vas-tu t’imaginer là ? #sarcasme
    Donc on assiste à une parentalité vitrine qui surfe sur les courants parentaux qui marchent : de Montessoriche à #touchepasamonIEF alors que 3 jours avant les annonces de Macron elles avouaient remettre la pratique en question, en passant par brasser du vent contre des violences qui n’existent que dans leurs têtes, nommées VEO (au détriment des violences intrafamiliales, elles, bien, réelles, qu’elles mêlent à leur concept classiste, validité et raciste).

Déjà à ce stade, s’il y a une seule chose à retenir : si quelqu’un à quelque chose à vendre méfiance. Je ne dis pas que son discours n’est pas sincère et que toutes ces mamans-vitrines sont des menteuses/que tous les parents-vitrines sont des menteurs. Je dis que parmi elleux, se tapissent les prédateurices et que les autres doivent projeter une certaine image de leur parentalité pour faire du clic, du commentaire, du like, du buzz pour vendre.

  • LES DOUBLES V

    Les mamans (les parents) autant Victimes que Vecteurs de ces courants parentaux que j’appelle le dogme BPR. Elles y croient, elles s’investissent, elles sont convaincues, elles s’y épuisent, elles partagent leurs difficultés, leurs réussites, leurs déboires, leurs sacrifices… Le dogme c’est LA bonne façon d’être un parent. La seule, l’unique. Parce que les VEO. Parce que l’adultisme. Parce que le maternage. Parce que la physiologie. Parce que les neurosciences. Parce que l’enfant ce géant. Parce que… Elles y croient et elles relaient. Et comme elles s’enfoncent là dedans, elles y entrainent les autres et s’entrainent entre elles, en vase clos, parce que le reste du monde n’est que violence et domination et que la vérité, c’est le dogme.
  • LES NOUVELLES RECRUES

    Jeunes mamans qui découvrent la parentalité, se renseignent, sont abreuvées par les 3 précédents d’informations qui ont l’air vraies, qui ont l’air viables, qui ont l’air d’être l’évidence même. L’enfant est une personne, mais oui! C’est bien sûr! Eurêka! (et en même temps j’ai rarement entendu un parent, même maltraitant, dire que son enfant était sa chose, sa possession…) Et pour peu qu’elles aient un tantinet de notoriété et lancent un podcast, elles deviennent rapidement des Doubles V pour finir bien souvent en business parentalité.

Voilà qui est le dogme.

Le dogme BPR.

Le dogme de cette parentalité qui déforme et pervertit des concepts psychologiques pourtant viables quand remis en contexte par les professionnelles et des problématiques de société qui méritent qu’on milite pour donner des moyens à nos institutions étouffées par les politiques successives de restriction budgétaire.

Voilà, ce dont je parle, quand je parle de BPR.
Je ne parle pas de personnes.
Je parle d’une oppression faite aux femmes essentialisées qui croulent sous les injonctions faites à leur maternité.

-Mad-

3 Replies to “BPR, l’acronyme d’une dérive”

  1. Merci Mad pour ton travail de prise de recul et ton partage essentiel pour soulager la pression parfois inconsciente sur les épaules des parents. 😘

  2. Plutôt que de définir le « qui » il faudrait définir le « quoi » parce que après 6mois de lecture quasi quotidienne de tes réseaux je ne suis toujours pas sûre de où les BPR commencent et s’arrêtent à tes yeux.
    Pour utiliser mon propre exemple (de saison svp) : mon boubou a le nez très pris. Tous les jours plusieurs fois par jour je lui fais la douche au nez assis, (assis parce que plus simple pour moi mais c’est aussi un précepte BPR je crois ) après l’avoir prévenu (parce que mon fils est une personne, j’ai lu la BD de Fanny Vela tout ça), et même que parfois quand il se débat trop parce que il déteste ça (aaaanh VEO) je lâche l’affaire et y revient plus tard (scandale, abandon des soins, maltraitance, cette mère est sans doute antivax). Ah et j’oubliais il adore téter la seringue alors quand c’est fini je le lui laisse pour le féliciter, mais que si on a fait le lavage (ouuuuuh la vilaine c’est du chantage, de la manipulation). Alors pour certains je suis en pleine VEO parce que je le force. Pour d’autre je suis sûrement négligente. In fine, je suis une maman qui fait ce qu’elle peut et qui fini par avoir l’impression d’être dans le tort où qu’elle aille et quoi qu’elle lise. 👌🏻
    Dans le même genre il y a des influenceuses qui se débattent comme elles peuvent avec les différentes injonctions de maternage, comme moi, et qui le montrent. Elles montrent leurs galères, elles montrent aussi leurs victoires. Donc selon cet article ce sont des W… C’est quoi la solution, être BPR et pas en parler ? (Dis donc ce commentaire est parti plus loin que ce à quoi je m’attendais !)

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