Témoignage : Périnée complet


Témoignage / Monday, June 22nd, 2020

Ce qui suit est le témoignage d’une de mes abonnées. Il m’a paru important de partager son vécu, à titre informatif, pour qu’aussi d’autres mamans qui ont vécu ça puissent savoir qu’elles ne sont pas seules.
Je lui laisse la parole et je la remercie une nouvelle fois de m’avoir contactée pour partager son vécu. On se retrouve en fin d’article.

-Mad-

Mon périnée complet

Si vous ne savez pas ce qu’est un périnée complet, estimez-vous heureux et rassurez-vous, ça n’arrive que dans 0.5 % des accouchements. Le hasard (ou pas) a fait que je sois cette unique femme sur 200 lors de mon premier accouchement il y a un peu plus de 2 ans.

Un périnée complet est une déchirure du périnée dans son intégralité, c’est-à-dire de bout à bout des deux orifices : le vagin et l’anus, en causant des lésions plus ou moins graves sur les sphincters. Cette lésion est causée par des déchirures du périnée, comme lors d’un accouchement par voie basse. Il existe plusieurs degrés de gravité du périnée complet mais le but de cet article n’est pas de vous faire un cours détaillé sur ces lésions mais de vous partager mon expérience personnelle. N’hésitez pas à rechercher une définition plus complète si le sujet vous intéresse.

Si je vous raconte un bout de ma vie, c’est avant tout pour vous informer de l’existence du périnée complet à travers mon vécu. Je partage aussi certaines réflexions sur des sujets qui peuvent déchainer les passions comme l’épisiotomie, l’accouchement par voie basse / césarienne et la péridurale. J’ai surtout écrit cet article pour accompagner les individus ayant des problèmes d’incontinence anale et leur donner de l’espoir. C’est ce qui m’a manqué durant cette épreuve, savoir comment d’autres personnes l’ont vécu.

GROSSESSE

Ma grossesse se déroulait très bien. La 3ème échographie a révélé un beau bébé. Dans certaines cultures, un beau bébé est synonyme d’un bébé bien portant, bien en chair, bien potelé, bref un gros bébé. Le nôtre était beau, avec une très belle tête. Ma gynécologue a insisté sur le caractère héréditaire en pointant du doigt le géniteur coupable de cette beauté qui était bien plus grand que la moyenne. Il était clair que je ne lui avais pas transmis mes gênes à ce bébé, moi qui dépasse le 1m60 uniquement les bras levés. 

J’allais avoir un beau bébé dont le poids à terme était estimé à plus de 4kg et c’est moi, ce petit bout de femme qui allait le mettre au monde. A la fin de la consultation, ma gynécologue m’a pris dans ses bras et m’a souhaité bon courage en recommandant à mon compagnon de m’offrir un beau cadeau pour la naissance. Je ne veux pas vous spoiler mais sachez qu’il m’a offert un très beau cadeau, proportionnel à la taille de ma déchirure.

Je ne vais pas m’attarder sur mes angoisses et incertitudes à propos de cet accouchement, ce n’est pas le sujet. Mais quelles étaient mes options ? Je voulais un accouchement des plus conventionnels dans notre espace-temps : en maternité, sous péridurale et en position gynécologique. J’avais choisi une maternité de niveau 3 pour me rassurer même si ça n’impacte en rien la prévention des déchirures. Il était inconcevable que je m’oriente vers un accouchement physiologique sans péridurale, moi qui suis à la limite de l’algophobie. J’ai demandé à plusieurs reprises s’il ne fallait pas prévoir une césarienne mais la réponse était toujours la même : cela ne fait pas partie des recommandations officielles du CNGOF, le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français. Tout est régi par les recommandations du CNGOF, heureusement d’ailleurs car autrement on exploserait le taux de césariennes ou d’épisiotomies. Ma maternité a quand même décidé de me déclencher à 38 SA + 3 jours pour prévenir une forme grave de macrosomie (pour que mon bébé ne soit pas trop gros à l’accouchement). 

ACCOUCHEMENT

Il s’est écoulé près de 48H entre mon arrivée à la maternité pour le déclenchement de mon accouchement et la naissance de mon petit ange. Durant ces 2 jours, il y a eu 3 fait marquants :

  1. j’allais bien accoucher par voie basse ;
  2. j’ai bien senti la coupure de l’épisiotomie mais sans douleur ;
  3. le fait qu’on allait utiliser “des petites cuillères” (dixit la sage-femme) au bout de 20 minutes de poussée sans succès. 

Un défilé intriguant de soignants avait lieu dans ma salle de naissance. Nous étions 8 personnes prêtes à accueillir mon petit ange. En plus de mon compagnon et moi, il y avait la sage-femme, l’interne en gynéco-obs, le gynéco-obs de garde (il était près de 4h du matin) ainsi que 3 autres personnes dont j’ignorais la fonction. Mon ultime poussée s’est achevée au moment où l’une des soignantes a crié STOOOP, puis j’ai entendu mon bébé crier. 

Quel moment magique, cette rencontre tant attendue, ce bébé tant désiré est enfin là dans mes bras. Nous étions en symbiose, dans notre petite bulle tous les 3 à savourer ce moment ensemble. Ce son si mélodieux qui émanait de ce tout petit être, tellement petit, un corps tout fin, des membres si fins et… une très très belle tête. Le poids de sa tête devait représenter au moins 50% de son poids total. Je veillais à bien soutenir sa tête pour éviter d’éventuelles tensions sur son petit cou. Pour les fervents des chiffres, son périmètre crânien faisait 38cm à la naissance, 2 jours après il est descendu à 36 cm. J’étais incapable de vous décrire ce qui se passait en dehors de notre petite bulle et je m’en fichais complètement. Ce n’est qu’au bout d’une heure, lorsque je n’avais plus mon bébé sur moi et que l’équipe médicale s’était enfin éloignée de mon entre-jambes que j’ai posé la question au médecin chef : alors, quels sont les dégâts ? 

Savez-vous ce qu’est un périnée complet ? Moi : non je ne sais pas. Il faut dire que je préparais cette naissance depuis des mois. J’ai appris tout ce qu’il fallait savoir sur la grossesse et comment s’occuper d’un nouveau-né mais j’ai volontairement zappé le chapitre post-partum afin de ne pas angoisser (ERREUR !!!). Le médecin m’explique de façon vulgarisée ce qu’est un périnée complet : c’est une déchirure qui va jusqu’à l’anus et qui touche le sphincter. Nous avons vu la déchirure donc nous avons pu la réparer. Mais il se peut que vous ayez des problèmes d’incontinence aux selles et aux gaz. 

Comment décrire ce moment… j’imaginais à quoi aller ressembler ma vie en étant incontinente aux selles et aux gaz, je commençais à faire mes adieux à toute forme de vie sociale, plus de travail, plus de sorties, plus de festivités, j’allais rester confinée chez moi, avec mon bébé certes, en changeant tantôt sa couche, tantôt la mienne.

Je ne reproche rien à quiconque, ni à cette fabuleuse équipe médicale qui a fait de son mieux, ni à mon compagnon bien trop grand, ni à moi de l’avoir choisi comme géniteur, ni à mon vagin incapable d’expulser un bébé comme le font les femmes depuis la nuit des temps (sous péridurale et en position gynécologique). Il y a tout de même une information que le médecin chef a omis de me donner à ce moment-là, c’est que cette incontinence est passagère dans la majorité des cas et que la rééducation du périnée fait des miracles. Cela aurait peut-être atténué mes craintes et mon baby blues.

Ma première réaction “physique” après l’annonce était d’appuyer sur le bouton poussoir pour augmenter la dose d’analgésique dans mon organisme. Il faut dire que ce machin fonctionne très bien, je n’ai senti aucune douleur durant tout l’accouchement et la réparation de mon périnée, et pourvu que ça dure !

POST-PARTUM

Je n’ai pas senti beaucoup de douleurs durant la première journée grâce à l’effet prolongé de la péridurale. Mais j’ai eu un choc au moment de laver mon entre-jambe. Imaginez un bon rôti de boeuf ficelé par un enfant de 6 ans. Il y a de la ficelle partout, attaché grossièrement, la chaire déborde de tous les côtés et le rôti est tout cabossé. J’insiste sur le fait que je ne critique absolument pas le travail effectué par l’équipe médicale, je vous décris juste ma sensation au moment où j’ai touché mes nouvelles parties génitales et le souvenir que j’en garde. Le rôti était tout aussi moche à voir, une vraie cartographie de chaînes de montagnes. 

Je devais aussi vider ma vessie, étant incapable de le faire moi-même vu que je n’avais aucune sensation, la sage-femme m’a montré comment appuyer sur ma vessie pour évacuer l’urine.

Les douleurs sont arrivées à la fin de la première journée mais pour la première fois depuis plusieurs mois, j’avais le droit aux antalgiques. Oh graaaaal lorsque j’ai pris mon premier comprimé d’ibuprofène. J’ai même eu des morphiniques faibles durant mon séjour à la maternité. Notez bien que je ne suis ni toxico ni faisant partie des lobbies pharmaceutiques mais lorsqu’on a bien mal de l’abdomen à l’entre-jambe, on ne rechigne pas sur les anti-douleurs. La douleur survenait principalement au moment de m’asseoir. Le gygy-obs m’a appris à réduire l’intensité de la douleur en m’installant bien profondément sur une chaise tout en contractant mon popotin comme pour retenir les selles. 

A propos de retenir les selles, vu que cette zone était bien atteinte, on m’a administré un puissant laxatif pour éviter de pousser et de faire sauter les points. Ce laxatif était très efficace, même trop. Au 3ème jour post-accouchement, j’ai senti les selles “descendre” accompagnées d’une douleur au niveau du sacrum puis une explosion indolore. Je vous épargne les détails mais en gros je n’ai rien pu retenir. J’ai également lâché un énorme prout devant le personnel soignant, je ne l’ai pas senti venir contrairement aux autres qui l’ont bien senti. J’ai aussi réalisé que je ne sentais plus ma vessie. C’est là que j’ai fait mon premier gros craquage, c’était le début de la dépression. 

Le personnel médical m’a surpris en train de pleurer à plusieurs reprises, ils ont inscrit en grand BABY BLUES sur mon dossier. Ce qui m’a valu la visite de plusieurs professionnels et de la fameuse question : pourquoi êtes-vous triste ? Je voulais hurler “C’EST PARCE QUE JE FUIS DE TOUS LES TROUS !”. L’équipe faisait tout pour me rassurer, que mon incontinence était passagère, que l’essentiel était que mon bébé allait bien, que ça allait s’arranger. Je les remercie d’ailleurs infiniment pour leur bienveillance. A ce moment-là j’avais juste besoin d’extérioriser mes émotions et surtout de rentrer chez moi pour me reposer. Je suis rentrée 5 jours après l’accouchement comme le stipulent les recommandations pour les périnées complets. J’ai négocié comme jamais pour éviter de rester un jour de plus à la maternité en raison de mon baby blues (ça faisait quand même 7 jours en comptant les 48h avant la naissance).

LE CONGE MATERNITE

J’ai continué à prendre des antalgiques en cas de douleur mais je veillais à en prendre le moins possible puisque j’allaitais. Je prenais aussi régulièrement des laxatifs à base de fibres pour ramollir les selles et faciliter leur évacuation. Durant 2 mois, je sentais cette petite douleur au niveau du sacrum lorsque les selles “descendaient” puis j’allais machinalement aux toilettes car je ne pouvais pas les retenir. J’ai donc adapté mon quotidien en fonction de mes selles qui arrivaient en général entre 8H30 et 11H du matin. Je ne sortais jamais à ce moment-là et je ne recevais personne chez moi. Mais mon entêtement à vouloir arrêter toute forme de médicament a eu raison de moi. A la 5ème semaine, j’ai voulu arrêter les laxatifs, résultat : constipation. Je n’aurai jamais cru que je vivrai un 2ème accouchement aussi vite et cette fois-ci sans péridurale et sans sage-femme qui m’indiquait quand pousser. Encore une fois, le gros bébé était resté bloqué mais cette fois-ci dans mon anus. 

Ce qu’il faut retenir : LA CONSTIPATION EST LE PIRE ENNEMI DU PERINEE. Si vous vous retrouvez dans cette situation difficile, il est recommandé de surélever les pieds pour favoriser l’évacuation des selles. Mon astuce est d’aller plus loin en se positionnant de façon accroupie comme sur des toilettes turques. Je remercie mon unique dieu, celui de la statistique qui m’a permis d’utiliser des toilettes turques durant mon enfance. C’est la position physiologique qui permet d’évacuer au mieux les urines, les selles, les bébés et tout autre machin qui pourrait sortir de votre entre-jambe.

J’ai eu d’autres récidives de constipations qui ont complètement fragilisé mon périnée, avec 2 points visibles sautés, des saignements de l’anus et l’apparition de problèmes de miction que je n’avais pas avant. Eviter la constipation est devenue ma préoccupation principale depuis l’accouchement. Les mois qui ont suivi, je veillais à adapter mon alimentation afin qu’elle soit riche en fibres, trouver le bon dosage de laxatifs et alterner entre différentes molécules pour éviter que mon organisme ne devienne insensible à un laxatif en particulier. 

Mais le problème était bien plus profond, il fallait lutter contre la constipation chronique. J’ai rarement eu d’épisodes de constipation dans ma vie, alors pourquoi maintenant ? Qu’est-ce qui a changé en dehors de l’aspect de mon anus ? La réponse peut paraître évidente mais j’ai mis plusieurs semaines à le comprendre. C’était l’allaitement qui favorisait ma constipation. Mais comme il était inconcevable que j’arrête d’allaiter mon bébé à ce moment-là, j’ai appris à vivre avec ma constipation jusqu’à la fin de mon allaitement 1 an après. Je n’ai plus eu de problèmes de constipation depuis, et je n’ai pas repris de laxatifs à ce jour.

Concernant le pipi, mon urètre est descendu mais ce n’est pas gênant. Les 4 semaines qui ont suivi l’accouchement, j’allais machinalement aux toilettes pour vider ma vessie sans en ressentir le besoin. Puis les sensations ont commencé à revenir petit à petit. Je n’avais aucun problème pour uriner jusqu’à l’épisode cauchemardesque de la constipation. Après ça j’ai eu des problèmes de fuites urinaires à l’effort comme beaucoup de femmes.

Notre première tentative de rapport sexuel avec pénétration vaginale est survenue 2 mois après l’accouchement et s’est soldée par un échec en raison du saignement de ma cicatrice vaginale. C’était clairement trop tôt. La 2ème tentative était à 4 mois avec de petits saignements. Après ça, je ne saignais plus durant les rapports mais je sentais une forte douleur au périnée après chaque rapport qui s’estompait au bout d’une trentaine de minutes avec du repos. Les mois qui ont suivi, nous avons naturellement espacé nos rapports avec pénétration (je précise vaginale car l’autre orifice n’est plus qu’une petite route à sens unique).

REEDUCATION

Hormis tous ces tracas qui sont monnaie courante après un accouchement, mon problème principal était l’incontinence aux selles. Il paraît que le meilleur remède est la rééducation du périnée.

J’ai commencé mes séances de rééducation périnéale à domicile à 7 semaines avec une sage-femme que j’ai connu par le fruit du hasard mais ce fût l’une des plus belles rencontres que j’ai faites. Comme pour beaucoup, ma sage-femme était mon repère et ma lueur d’espoir. Elle était la seule interaction sociale que j’avais en dehors de mes proches par téléphone vu que j’étais confinée chez moi. C’est bien grâce à elle en premier lieu que je suis sortie de la dépression.

Nous avons fait en tout 29 séances de rééducation sur 8 mois à raison d’une séance par semaine. Le reste du temps je faisais les exercices qu’elle m’indiquait. Elle m’a aussi appris à vivre avec mon périnée fragilisé et à effectuer ma rééducation de façon autonome.

 Les progrès étaient continus et proportionnels au temps que je consacrais à mes exercices de rééducation. Il demeurait quand même un problème, celui de la ré-acquisition de la continence des selles. J’arrivais à tenir tout au plus 5 min en marchant comme un canard. Mais un déclic s’est produit : j’avais mon premier rdv avec un proctologue à 1h de chez moi en transport et il fallait faire un lavement 6h avant. Je n’avais pas fini de vider mes intestins que j’ai dû me rendre à mon rdv médical, avec la peur au ventre de me faire dessus durant le trajet. Mais là mon miracle s’est produit, j’ai pu me retenir plus d’une heure avant d’aller aux toilettes. Il fallait donc me mettre en difficulté pour “verrouiller” mon sphincter. Mon confinement ne m’aidait pas à aller mieux, bien au contraire. Le blocage “physique” s’était estompé avec la rééducation mais pas le blocage psychologique, jusqu’à cette fameuse sortie.

REPRISE DU TRAVAIL

Après l’épisode du proctologue, les choses allaient beaucoup mieux. Je retenais enfin les selles et les gaz à quelques exceptions près comme durant le sport.

J’ai donc repris le travail à 4 mois et demi. Le fait de revoir du monde, reprendre mon activité professionnelle et gérer le tirage de mon lait au travail avaient détourné mon attention de mes problèmes d’incontinence. Mais sans surprise mon bébé me manquait affreusement. Je me suis donc mise à 80% durant quelques mois pour passer plus de temps avec lui et poursuivre mes séances de rééducation plus sereinement. 

J’ai beaucoup insisté pour obtenir 1 mois d’arrêt maladie après mon congé maternité, alors que j’avais encore des problèmes d’incontinence. L’assurance maladie veille à réduire les abus sur le prolongement des congés maternités. J’ai d’ailleurs été contrôlée par un médecin compréhensif qui a confirmé mon incontinence. Mais cela a contribué à la pression sur ma décision de reprendre le travail.

 2 ANS APRES

Aujourd’hui, plus de 2 ans après mon périnée complet, je n’ai plus de régime alimentaire particulier et je ne prends aucun laxatif.

Je gère moi-même ma rééducation en contractant mon périnée dès que j’y pense. J’essaie d’instaurer des routines pour me rappeler de le faire le plus possible.

Je retiens les selles mais je m’arrange pour aller aux toilettes dès que l’envie me prend. Je ne pousse plus, pousser est ce qu’il y a de pire pour le périnée. J’ai toujours des difficultés à gérer les cas extrêmes : évacuer lors d’une constipation et retenir en cas de diarrhée, ce qui est le cas du commun des mortels. J’aurais pu oublier toute cette histoire si ce n’est le résidu de selles que je retrouve tous les jours sur mes sous-vêtements. Bien que le gygy-obs ait bien resserré les tissus, mon anus a perdu son élasticité et a du mal à se refermer complètement. Ce n’est pas gênant au quotidien et ça me pousse à avoir une hygiène irréprochable, même si un voile de tristesse me traverse à chaque fois que je vois ce bout de caca. Je mesure quand même ma chance de m’en être sortie.

J’ai des fuites urinaires à l’effort lorsque je n’ai pas contracté mon périnée depuis plusieurs jours. J’ai compris que les fuites, trop banalisées, ne sont pas normales et qu’on peut éradiquer ce problème avec la rééducation. Mes fuites sont donc une piqure de rappel pour ne pas lâcher ma rééducation.

Pour les prouts, le seul moment où je n’arrive pas à les retenir est lorsque je fais du sport dans des positions où l’anus est bien aéré. J’évite ces positions en public. De plus, lorsque je retiens les gaz longtemps (au moins une heure) et que je finis par aller aux toilettes, des explosions de gaz à 90 décibels ont lieu avec expulsion de petits morceaux sans aucun contrôle. J’évite donc de retenir mes flatulences trop longtemps. C’est pour moi le point le plus difficile à gérer. Je remercie le dieu de la statistique pour ne pas avoir lâché une seule caisse jusqu’à présent devant mes collègues. J’ai pris la décision de démissionner le jour où ça arrivera ou bien de faire porter le chapeau à l’un d’entre eux.

Ma contraception : après plusieurs années de bons et loyaux services, j’ai décidé de me séparer définitivement de ma pilule contraceptive. N’étant pas prête psychologiquement à accueillir un locataire cuivré dans mon vagin, nous avons opté pour le préservatif. C’est d’une évidence maintenant, surtout que mon compagnon ne s’est jamais opposé à cette contraception. Merci aux freins psychologiques dictés par une culture/éducation patriarcale.

Ma sexualité… je revis. Après des années de vaginisme, la grossesse, le périnée complet, le baby blues, la contraception hormonale… mon corps ressent enfin / de nouveau du désire. Après avoir tout essayé, on a enfin trouvé le moyen de lutter contre ma peur et faciliter la pénétration. Il suffit que mon compagnon masse la cicatrice interne de mon vagin pour me détendre et m’exciter, après ça la pénétration se fait avec une facilité déconcertante et surtout sans douleur. Les professionnels de santé m’avaient bien prévenu qu’il fallait assouplir la cicatrice en la massant et en effet grâce aux massages, ma sexualité est enfin épanouie. Je trouve aussi mon périnée très beau à voir. Mes cicatrices me rappellent que je suis forte et courageuse, une vraie combattante.

SI C’ETAIT A REFAIRE

Déjà, je garderais le même géniteur. C’est trop tard pour moi, je l’ai dans la peau et il s’est révélé d’un soutien sans faille dès le début. Mais avis aux petites : par pitié si vous pouvez éviter de tomber amoureuses et de procréer avec des grands, vous aurez moins de merde. 

Pour un premier accouchement, faudrait-il faire une césarienne ? Vu que ce n’est toujours pas recommandé, il faudrait trouver un obstétricien qui accepte de faire une césarienne de convenance. Mais n’ayant ni la notoriété, ni le portefeuille de Caroline Receveur, il est peu probable que ça se fasse. 

La meilleure option reste l’accouchement naturel, dans une position physiologique et sans péridurale afin de causer le moins de séquelles possibles au périnée. Si ces faits s’étaient déroulés dans un autre espace-temps, la question ne se poserait certainement pas. Mais ce fichu dieu de la statistique a fait en sorte que j’accouche au 21ème siècle, en Europe où la médicalisation de l’accouchement est la pratique la plus courante en offrant la possibilité d’accoucher sans douleur. J’ai donc la chance d’avoir le choix, de choisir comment accoucher. Mon choix est évident, il peut paraître subjectif, illogique, contre-productif et stupide mais ça reste mon choix en toute connaissance de cause. J’opterais encore pour la péridurale. C’est aussi ça le féminisme, respecter le choix de chacune.

J’accoucherais encore sous péridurale mais j’opterais pour une maternité où on utilise des ventouses plutôt que des forceps car la ventouse n’est pas un facteur de risque pour l’incontinence anale.

Le plus important est que je n’aurais pas insisté pour être déclenchée avant terme, vu que ça n’a servi à rien. Rappelez-vous qu’on a déclenché mon accouchement pour suspicion de macrosomie. Hors mon bébé faisait moins de 3kg à la naissance, ce qui fait une erreur de plus de 25% sur l’estimation de son poids de naissance. En plus des erreurs éventuelles de mesures, cet écart est dû à l’estimateur du poids fœtal (formule d’Hadlock) qui est défini en fonction du périmètre céphalique (tour de tête) et du périmètre abdominal lors de l’échographie. Cet estimateur est fiable lorsque le fœtus est bien proportionné, ce qui n’était pas le cas de mon bébé et de sa grosse tête d’amour.

Concernant l’épisiotomie, fallait-il vraiment en faire une vue qu’elle n’a servi à rien ? D’un côté s’il y avait une infime chance que l’épisiotomie sauve mon anus, j’en aurai fait une, voire plusieurs en même temps. D’un autre côté, les statistiques montrent que l’épisiotomie ne prévient pas les déchirures graves (fière d’avoir contribué à cette stat’). De plus, quand on sait que certaines maternités font moins de 1% d’épisiotomies contre une moyenne nationale de 35%, on peut se poser la question sur la généralisation de ces nouvelles techniques obstétricales sans violence partout en France. Mais là encore, quel est le taux de périnées complets dans ces maternités sans épisio ? Les très rares épisiotomies effectuées étaient faites pour quelles raisons ? Que se serait-il passé si j’avais accouché dans l’une de ces maternités ? Pour ma part, je ne dispose pas de suffisamment d’informations pour prendre position. Je fais donc confiance au corps médical.

Pour que tout cela fonctionne, il fallait que je connaisse l’existence et les conséquences du périnée complet. La seule chose qui compte si c’était à refaire est de mieux m’informer sur le post-partum, ça permettrait de prendre des décisions en connaissance de cause et de prévenir ou réduire l’effet des dépressions post-partum. C’est pour cette raison que je partage mon récit, dans l’espoir que ça aide d’autres femmes. Il y a beaucoup d’informations médicales disponibles mais peu de témoignages de vécu sur le périnée complet alors que savoir que d’autres femmes sont passées par là et s’en sont sorties est un élément clé pour accompagner l’État psychologique des patientes.

UN AUTRE ACCOUCHEMENT ?

Selon ma proctologue, bien qu’il ne soit pas recommandé de refaire vivre un traumatisme à un sphincter atteint, on ne peut décemment pas conseiller aux patients de ne pas avoir d’autres enfants. Fort heureusement, nous vivons dans une époque et dans une nation où la médecine est là pour soutenir les hétéros et les accompagner dans leurs choix. J’ai donc pris la décision que mon périnée complet ne sera pas un frein dans le cas où on voulait avoir d’autres enfants.

Nous n’avons rien décidé pour l’instant mais voici où en est ma réflexion : si je devais vivre un autre accouchement, la question principale est : est-ce par césarienne ou par voie basse ? Le pourcentage de récidive de périnée complet est de 8%, cela signifie que si on sélectionne 100 femmes qui ont eu un périnée complet, alors 8 d’entre elles vont statistiquement récidiver. Mais rappelons que ces 100 femmes sont initialement sélectionnées parmi 20000 femmes ayant accouché, donc seule 1 femme sur 2500 qui ont eu 2 accouchements par voie basse aura la malchance de faire 2 périnées complets. Maintenant, vais-je être cette femme sur 2500 ? 

J’ai décidé de ne pas tenter le dieu de la statistique. J’essaierais de ne pas faire partie de cette population, ce qui signifie que je demanderais à faire une césarienne si je devais accoucher de nouveau. Hors, depuis décembre 2018, les nouvelles recommandations consistent à ne plus faire de césarienne après un périnée complet. Mais je reste sur ma position pour une raison simple : je m’en suis sortie grâce au travail de chirurgie et de rééducation mais mon sphincter restera fragilisé à jamais. J’ai vu les dégâts que faisait chaque poussée due à une constipation (des semaines de recul sur ma rééducation pour un simple caca de quelques cm de diamètre). Je ne ferai pas revivre un autre trauma à mon anus. Je risque de ne pas avoir autant de chances que la première fois. Je veux pouvoir vivre sereinement sans qu’on me surnomme trompette, sans porter de couches, sans avoir à démissionner de mon boulot, sans enfoncer le trou de la sécu et surtout sans finir dépressive. 

Si tu as des problèmes avec ton périnée je te conseille de te tourner vers des personnes formées spécifiquement. Pour en trouver unE tu as notamment l’annuaire de l’EIRPP (Ecole Internationale de Rééducation du Plancher Pelvien). Je te recommande également le compte Instagram de Princesse Périnée. Ne restez pas en souffrance avec des incontinences. Prenez soin de vous. Vous le méritez.
-Mad-

One Reply to “Témoignage : Périnée complet”

  1. Je n’ai pas les mots… je ne peux qu’imaginer.
    J’ai eu aussi un périnée complet pour mon deuxième enfant, je n’en avais jamais entendu parler avant et je ne connais personne d’autre qui ait vécu ça. J’étais « LE périnée complet » de la maternité, c’était mon petit surnom (ça semble un peu choquant mais ça m’a permis d’en rire et de dédramatiser avec l’équipe soignante formidable).
    La tête de mon bébé n’était pas bien positionnée, un peu de travers et malgré plusieurs tentatives pour la redresser, il se remettait toujours en oblique. Ils m’ont prévenue qu’ils faisaient une épisiotomie pour l’aider à sortir, mis ça n’a pas évité la déchirure, évidemment. Ils l’ont sorti à la ventouse.
    J’ai eu la chance d’avoir un périnée complet « non compliqué », à savoir que la muqueuse anale n’a pas été touchée, le sphincter est resté intact.
    « Heureusement » mon bébé a eu une infection à la naissance (liquide teinté) et on a été hospitalisés une semaine ensemble en unité kangourou. L’équipe a pu me faire les soins de la cicatrice. J’en ai pleuré au début quand ils m’ont dit que je devrais faire ça seule chez moi avec un miroir… (j’aurais probablement demandé à mon mari, mais je n’avais pas très envie malgré tout qu’il voit ça de si près)
    Pire douleur de ma vie quand je suis revenue pour qu’on m’enlève les fils non résorbables essentiels pour que la cicatrice tienne bien dans mon cas. Et le médecin qui me dit « c’est bon madame, la cicatrice est magnifique, votre périnée va bien, vous pourrez accoucher par voie basse à nouveau ». C’était à la fois très touchant qu’elle prenne la peine de me rassurer sur ce point, et à la fois très choquant d’entendre parler de refaire un enfant alors que j’avais un chou fleur entre les jambes et l’intention de ne plus jamais me laisser toucher par qui que ce soit 😅
    Malgré une situation favorable, des antidouleurs pendant un mois non stop, alors que je suis une dure à la douleur en général. J’ai réussi à résister avec uniquement du paracetamol quand même, parce que j’allaitais.
    Pendant plus d’un mois, et alors que le sphincter n’était pas atteint, je n’ai quasiment pas pu sortir de chez moi, parce que je ne retenais mes selles que le temps de courir aux toilettes. J’avais des fuites urinaires aussi…
    Avec la rééducation tout est rentré dans l’ordre. Je retiens un peu moins bien les gaz qu’avant, surtout en situation d’effort, mais pas de situation trop gênante pour le moment.
    La seule séquelle, c’est une béance vulvaire que m’a annoncé la sage femme « juste un problème d’esthétique ». Je n’y suis pas retournée, j’ai changé de sage femme. L’esthétique de la vulve, vraiment je m’en tape et je ne comprends pas que ça soit un sujet.
    Aujourd’hui, moi aussi je prend soin de mon périnée, en surélevant toujours mes jambes quand je vais aux toilettes, je vais à la selle quand j’ai envie, pour éviter au maximum la constipation.
    Merci pour ce témoignage en tout cas, c’est vrai que c’est important d’en parler. Je l’ai fait autour de moi, mais ce n’est pas évident. On n’a pas toujours envie d’entendre ce genre de choses…

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