SMAM 2019 : soyons sorores


Billets d'humeur / Thursday, October 17th, 2019

J’aimerais qu’on arrête de dire que seulement 1 à 3% des femmes ne peuvent pas allaiter. J’aimerais qu’on précise que seules 1 à 3% des femmes ne peuvent pas allaiter à cause de problèmes physiologiques intraitables.

J’aimerais qu’on prenne en compte le fait que chaque femme évolue dans un contexte particulier et peut prendre la décision de ne pas allaiter malgré son envie profonde. Ne pas partir de l’hypothèse qu’elle ne sait pas, qu’elle ne veut pas, qu’elle n’est pas déconstruite. Mais plutôt partir de l’hypothèse qu’elle fait au mieux dans son contexte culturel, social et économique.

Une maman sous traitement incompatible avec l’allaitement ne devrait pas mettre sa santé en danger pour allaiter au prétexte que “on peut toujours trouver un médicament compatible”. Une maman qui doit reprendre le boulot parce que sa situation matériel ne lui permet pas de faire autrement et qui n’a pas la ressource pour mener un tire-allaitement ne devrait pas subir des “quand on veut on peut”. Une maman qui a composé avec son entourage et la pression qu’elle subissait pour le biberon ne devrait pas s’entendre dire qu’elle aurait dû se battre pour son allaitement.

Oui allaiter c’est la norme biologique. Mais l’allaitement n’est pas une parenthèse dans la vie d’une femme. On ne met pas tout en suspens pour s’y consacrer. On ne peut pas toutes payer des professionnelles en lactation humaine… tout comme on ne peut pas toutes se permettre 10 semaines de congé maternité (oui, pour les entrepreneuses et libérales le travail ne s’arrête jamais vraiment) et encore moins le luxe d’un congé parental.

Pardon, je suis beaucoup plus moralisatrice que ce que je voulais au départ. C’est chiant. Je recentre mon propos.

Ce que je voulais dire, c’est que les coupables de allaitements ratés, renoncés, avortés, sont rarement les mères. Elles sont tout aussi victime de la désinformation que leur bébé. Alors avant de commenter “seulement 1 à 3%” sans rien préciser d’autre que ça, est ce qu’on pourrait réfléchir deux secondes au fait que chacune fait comme au mieux avec à l’instant T avec qui elle est et ce qu’elle sait ?

Pour info, je n’ai été allaitée qu’un mois car ma mère a fait une rage de dents. À l’époque, personne ne connaissait le CRAT. On lui a donné des antibios dans l’attente d’une opération et on lui a dit de me sevrer en vue de l’opération.
Ce qu’elle a fait.
À contre cœur.

31 ans après la fin de son dernier allaitement donc, elle m’en reparle encore avec tristesse et culpabilité. “Si j’avais su”, “J’ai fait ce qu’on m’a dit”, “J’aurais peut être dû”, “Les médecins savaient pas”. Ça fait 5 ans qu’elle me voit allaiter et qu’elle me partage ses regrets et sa culpabilité. C’est une blessure en elle qui n’a toujours pas guéri malgré 3 décennies passées dessus, malgré ma réussite en la matière qui la rend si fière, malgré le fait qu’elle rationalise sur son contexte culturel et sur le fait que “internet, c’est bien quand même, on apprend à tout âge”.

Et vous savez quoi ? Je vais bien ! J’ai grandi, je me suis épanouie, j’ai surmonté les épreuves de la vie… Tout en ayant été biberonnée. C’est fou hein !?

Alors si on pouvait arrêter d’invectiver les biberonnantes 30 secondes comme on peut parfois le voir dans les commentaires de la page Garde Tes Conseils, ça serait bien. Un peu moins de jugement, un peu plus d’empathie et de sororité en cette SMAM 2019 dont le thème est : l’allaitement nourrit la confiance des parents, c’est leur force.

Donnons nous de la force entre femmes, entre mères.

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