Sevrage en douceur


Parentalité / Thursday, September 24th, 2020

Ca y est. J’amorce le sevrage de BébéSourire, 18 mois, allaité jusque là. Je me laisse jusqu’à ses deux ans pour effectuer un sevrage complet, mais ça ira peut être plus vite. Du coup, je partage le cheminement de ce sevrage avec vous pour faire voler en éclats les tabous sur le sevrage des bambins.

Mon petit pavé (de plus) dans la grande mare de la parentalité maternante dogmatique.

Mais Mad, t’es sûre que tu ne vas pas regretter de ne plus allaiter ?

C’est la question qui est revenue le plus fréquemment quand j’ai abordé le sujet sur Instagram, et ça m’a interpelée. Pour qui on allaite ? Pour soi ou pour son enfant ? Idéalement les deux, effectivement. Mais j’ai eu du mal à comprendre en quoi regretter un allaitement devrait être une raison nécessaire pour se forcer à continuer quand on n’en a plus l’envie. C’est un peu comme si les gens se forçaient à avoir des enfants par peur de regretter de n’en avoir jamais eus. C’est étrange.

Et donc, ma réponse est : non. Je ne vais pas regretter. Voilà 6 années continues que j’allaite. J’ai joué mon rôle de mère nourricière, pleinement. J’ai donné mon lait. Au lactarium. A une copine. J’ai passé plus de 3000 nuits à allaiter. J’ai fait des bébés champignons qui grandissent à vue d’oeil et qui sont en pleine santé. Je n’ai plus rien à me prouver. Je voulais le faire, je l’ai fait. Et la perspective de ne plus jamais allaiter… est un vrai bonheur! Je laisse ça aux futures mamans. A celles qui vont encore enfanter. Et je le fais sereinement. Je passe le flambeau.

Après cet allaitement, il n’y en aura pas d’autres. Et c’est tant mieux.

Du coup, comment tu vas faire pour le sevrer ? Quand j’ai demandé, j’me suis faite culpabiliser mais j’en peux plus.

Il n’y a pas encore si longtemps, dans certaines associations qui se veulent de soutien à l’allaitement, le mot d’ordre était “les sevrages, on ne fait pas”. On peut trouver des témoignages aussi sous le dernier #GardeTesTabous de mamans qui se sont faites remballer par des conseillères en lactation IBCLC. Car oui, comme dans tout ce qui touche à la parentalité, mais plus encore à la maternité, il y a des tabous et les femmes ne sont pas tellement libres de leurs choix selon les interlocuteurices qu’elles ont en face d’elle. Donc évidemment, certaines vont te culpabiliser de vouloir sevrer ton bambin. On va te sortir des gros mots de besoins physiologiques, de réassurance psychoaffective… on va te sortir les recommandations de l’OMS (les mêmes qui disent qu’un enfant de 2 ans doit manger ce qui n’empêchent pas certaines d’oublier que leur enfants ont besoin d’autre chose que de leur lait) on va te lister la liste incommensurable des bienfaits du lait maternel qui guérit le cancer et sauve la planète… Bref. Tout pourvu que tu ne sèvres pas ton enfant, ô toi! mère indigne!

Je ne sais pas comment je vais faire pour le sevrer. Je tâtonne. J’essaie. Je voulais taire la chose jusqu’à ce que ce soit fait pour venir ensuite te raconter comme j’y suis arrivée, et puis je me suis rendue compte qu’en faisant ça je participerais à l’omerta sur le sevrage des bambins et je donnerais l’illusion que c’était pas si difficile. Le tout amplifié par l’effet réseaux sociaux qui donnent l’impression que tout le monde y arrive sauf toi, j’aurais peut être fait autant de dégâts que ceux que je m’efforce de dénoncer. Alors je tâtonne.

Et je propose qu’on tâtonne ensemble.

Parce que même dans les groupes Facebook d’allaitement (sauf celui des tire-allaitantes bienveillantes, apparemment, dont je n’ai eu que des retours élogieux) tu te fais silencier, voire bannir du groupe, quand tu oses évoquer le sevrage. Donc j’ai décidé de lancer un groupe Facebook d’allaitement dédié au sevrage sur lequel je t’invite à nous rejoindre si tu te sais par avance que tu ne sais pas par quel bout commencer pour sevrer ton bambin ou ta bambine.

Et sur ce groupe je partage mes tâtonnements, avec d’autres mamans. Et je m’efforce aussi de partager mes tâtonnements sur Instagram, puisque ça me l’a été vivement demandé. Briser les tabous, ce n’est pas que partager ses réussites, c’est aussi partager le processus en cours et les échecs. Alors j’essaie, à mon niveau, de briser ce tabou du sevrage des bambins. Ce sevrage dont on entend parlé que lorsqu’il est fini et “”réussi””.

Ce qui n’a pas marché jusque là

Parler. Expliquer.
Les deux mots préférés du dogme BPR. Et bien ici, c’est comme si je parlais au vent pour lui expliquer qu’il faut souffler dans l’autre direction.

Proposer un biberon.
J’ai fait deux garçons anti biberons ^^’ Touts les biberons, toutes les tétines y sont passées. Rien n’y fait. Le bib, c’est pas pour lui.

Refuser purement et simplement.
Là où certainEs bambinEs sont tout à fait capable d’avoir une attitude “Ah. Bon. D’accord. J’vais empiler des cubes.”, j’ai le modèle entêté. Le genre d’entêtement qui fait que quand il s’est mis en tête de gouter les croquettes des chats, c’est pas que la gamelle qu’il faut planquer, mais tout le paquet.

Ce qui a marché jusqu’à présent

(mais ce n’est pas garanti que ça tienne sur la distance, le processus étant en cours)

Le sevrage nocturne.
Une vraie réussite qui nous a demandé cependant de sacrifier nos nuits pendant quelques jours.

Y aller progressivement.
Mon plan d’action c’est d’abord de caler un nombre de tétées fixes par jour et de supprimer toutes les micro tétées qui ne servent qu’à me déshabiller et m’énerver puis, quand nous aurons un nombre fixe de tétées, en faire sauter une au fil des semaine jusqu’à ce qu’il n’y en ait plu. Ca “marche” dans le sens où je suis sereine. Je ne suis pas pressée par l’échéance d’une grossesse, ou d’une reprise de boulot, ou d’une entrée en crèche #CongéParental

Proposer une gourmandise.
J’ai une maman qui est venu me dire qu’elle remplaçait les tétées par des bonbons et que ça avait bien marché sans que sa fille devienne addict au sucre. BébéSourire n’étant pas fan des bonbons (pourtant distribués généreusement par son grand frère quand il en a) j’ai cherché ce dont BébéSourire était fan et j’en suis arrivée à me faire une réserve de Comté coupé en bâtonnets dans le frigo. Quand vient le moment (bien pesant) de la tétée qui ne sert qu’à me déshabiller, je propose “Du comté?” et il court jusqu’au frigo le sourire au lèvre. Au pire, il deviendra affineur, c’est pas grave.

Trouver une alternative au biberon.
Puisqu’il les refuse tous mais que, pour autant, chaque matin il se siffle mon chocolat chaud à la paille, j’ai bricolé une paille dans un biberon pour lui faire son chocolat chaud le matin. Chocolat chaud au lait entier, que j’ai agrémenter de céréales par peur qu’il ne mange pas… et puis il s’est enfilé une gaufre juste après. Je pense que je peux zapper les céréales dans son chocolat chaud du matin, c’est bon XD

S’entourer de mamans qui vivent la même chose.
Je reviens donc au groupe Facebook que j’ai créé. L’air de rien, avoir un endroit pour parler sevrage sans se farcir les mamatollahs d’internet, ça fait un bien fou ! Ca permet d’échanger nos idées, de partager l’évolution de nos sevrages respectifs, de se renseigner silencieusement quand on y pense mais que c’est pas encore pour tout de suite… Et on essaie au maximum de rester dans une posture non-jugeante/peu-jugeante. Chaque maman a son histoire, son contexte, et on ne peut pas projeter sans cesse nos histoires sur les autres.

A ce jour, BébéSourire est encore allaité

Je n’en suis qu’à la première étape de mon plan d’action progressif ^^’ Je supprime les micro tétées inutiles, à coup de câlins, de comté, et de lectures. Ca ne fait que deux jours que j’ai commencé, et déjà ce midi il aurait sauté la tété de midi sans sourciller si je ne lui avais pas proposé!

Je me dis que le sevrage ira du coup peut être plus vite que prévu, autant que je me prépare à un effet rebond d’ici quelques jours.

Je ne sais pas si j’aurais le temps de faire des articles ponctuellement, mais j’en parlerai sur Instagram en story, ça c’est certain.

A toi, petite maman

Qui ne veut pas sevrer ton enfant, c’est chouette.
Qui veut sevrer ton enfant, c’est chouette.
Qui n’a pas allaité ton enfant, c’est chouette.
Qui a fait de l’allaitement mixte, c’est chouette.
Qui a été TAE (tire-allaitenante exclusive), c’est chouette.

Y a pas de hiérarchie de comment tu nourris ton bébé. Tu le nourris, c’est tout ce qui compte.

Et à toi tout particulièrement, maman d’un bambin qui pensais aller jusqu’au sevrage naturel et qui te retrouve à vouloir finalement induire le sevrage sans trop savoir comment faire, écoute toi avant tout. Et si jamais t’as besoin du soutien, rejoins-nous.

Peace, boobs’n’bibs (ou pas)

-Mad-

3 Replies to “Sevrage en douceur”

    1. C’est limite magique tellement ça marche bien ! Je crois qui si j’avais voulu le sevrer de toutes les tétées d’un coup et rapidement, il aurait suffit que je m’achète une meule de comté XD

      Bon en attendant, faut quand même j’aille faire des courses parce que j’ai tombé celui que j’avais en deux jours ^^’

  1. Je suivrai vos aventures bébé maman sur Instagram ! Pas envie de me remettre sur Facebook, mais sevrage bébé 1 compliqué à 2 ans et demi et deuxième bébé en cours d’allaitement. Ça fait du bien de déculpabiliser et de voir les petites astuces des autres. Ça risque de coûter cher en camembert chez nous si je reprends l’idée du fromage hahaha !
    Et parler n’a jamais eu d’effet chez mes enfants non plus… La diversion par les livres musicaux marche pas mal. Et le Papa à la rescousse aussi.
    Bonne route à tous les deux dans cette étape importante 😀

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