Quand devenir mère libère


Parentalité / Friday, September 13th, 2019

Libération – Acte I

Lors de ma première grossesse, j’ai abandonné épilation, soutien-gorge et maquillage. Je ne voulais pas que mon bébé, fille ou garçon, se construise avec un modèle féminin esclave des injonctions patriarcales. Comment apprendre à mon enfant qu’iel était libre d’être qui iel veut si je ne l’étais pas moi même ?

J’ai également commencé en parallèle tout un travail de déconstruction et reconstruction de l’image de soi. Changer de lunettes, de coupe de cheveux, de garde robe, de façon d’aborder mon image, oser être moi… Libérateur !

Et puis mon mari a ouvert son blog, le mien a cheminé doucement et je me suis autorisée à prendre le temps, hésiter, ne pas m’impliquer, puis être curieuse, intéressée, y aller doucement… m’autoriser à parler de moi, de nous, de ma vie, de nos vies. J’ai osé faire ce qui me plaît, être qui je voulais, donner à voir à mon fils une mère épanouie en dehors de ce que la société attendait d’elle.

Se libérer pour replonger

Mais j’ai remplacé l’emprisonnement mental des injonctions du patriarcat (toujours en cours de déconstruction, au passage) par l’emprisonnement de l’éducation bienveillante qui a très fortement contribué à ma très longue dépression post partum. En somme, si je résume mon douloureux cheminement sur cette nouvelle parentalité : quoique je fasse, rien n’irait jamais. J’étais là pire mère au monde. Et les conflits avec l’entourage proche (notamment belle maman) consolidaient cette image d’échec maternel inévitable.

Pourtant, j’ai fait des formations. Plein. Suivi des conférences. Plein. Rencontré Filliozat herself. Et pourtant rien ne marchait pour MiniCaptain et moi. Rien. Ni pour MiniCaptain et son pere. Jamais. Et comme toutes les méthodologies pseudo-scientifiques : si ça ne marche pas, c’est de la faute de celui qui pratique, car il fait mal. Pratique pour ne pas remettre en cause les préceptes et enfermer la maman en détresse dans son échec.

Puis, perdue dans ce cercle vicieux, j’ai découvert que j’étais HPI hypersensible (confirmé par tests chez une neuropsy, avec suivi ; je précise car ça me hérisse simplement le poil de voir des gens se revendiquer zèbre “parce que je me reconnais” sans autres preuves que leur intuition) et que MiniCaptain l’était probablement également, lui et sa sensibilité hors norme et son “immaturité” émotionnelle. C’était un long cheminement d’acceptation et déconstruction là aussi. Cheminement toujours en cours. Puis je suis tombée enceinte et BebeSourire est né.

Libération, acte II

Pendant la grossesse, la descolarisation de MiniCaptain a été salvatrice. J’ai vécu cette descolarisation difficilement. C’était, pour moi, l’echec ultime de ma parentalité. Sa descolarisation nous a amené à consulter (psychologue, psychomot, orthophoniste…) qui ont été unanime : nous sommes de bons parents, nous faisons ce qu’il faut. Des paroles qui m’ont faite pleurer à chaque fois que je les ai entendues.

Depuis l’arrivée de BébéSourire, donc, je me suis défaite des injonctions à la parentalité positive. Je me suis distanciée de cette pensée unique et de ses bien-pensants qui n’ont pas d’outils concrets, juste de belles paroles et des idées séduisantes qui ne marchent que sur un enfant fantasmé. J’ai regardé mes fils longuement, je les ai observés et j’ai décidé d’être la mère de ces enfants là, aussi imparfaits que moi.

Je déconstruis donc tout ce que j’ai engrangé de savoirs ces 6 dernières années car j’étais terrifiée de reproduire le schéma parental que j’ai connu. Et puis j’ai compris que mon mari n’était pas mon père et que je n’étais ma mère et que nous ne ferions ni les erreurs de mes parents ni les erreurs de ses parents. Mieux encore : je m’autorise mes erreurs parentales car je sais qu’ils me les pardonneront, comme j’ai pardonné les leurs à mes parents. Et s’ils n’arrivent pas à me les pardonner, je ne pourrais qu’accepter et continuer de les aimer inconditionnellement.

Il me semble que la plus belle action d’amour de soi que je puisse leur montrer en exemple pour les aider à se construire, c’est d’accepter mes failles et de me pardonner mes erreurs. L’injonction à la perfection parentale est nuisible à tout le monde, mais surtout à eux. Le meilleur moyen de leur faire comprendre qu’ils ont le droit à l’erreur, c’est encore de leur en montrer l’exemple.

Et toi, la parentalité dite positive/bienveillante/éveillée/je ne sais quoi d’autre, tu l’as vécue comment ?

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