Où sont passées les mauvaises mères ?


Parentalité / Saturday, February 1st, 2020

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Quand ma soeur était enceinte puis jeune maman, il y avait ce blog “Mauvaises mères” tenu par trois femmes, Johanna, Emma et Nadia, mères, qui posaient sur la toile avec humour, coups de gueule et decomplexion, l’envers du décor de la maternité. Les soirs où tu te dis “Bordel mais pourquoi j’ai fait un enfant ?”, les matins où ils partent à l’école le ventre creux parce que c’était trop le rush, les soirées entre copines où on oublie avec joie qu’on a des enfants, les moments où l’on préfère le travail qui paye au second travail qui nous attend en rentrant à la maison… Je me rappelle avoir conseillé ce blog à ma soeur à une époque où elle semblait si fragile dans son rôle de maman. Je voulais l’aider à décomplexer, elle a cru à l’époque que je l’accusais d’être une mauvaise mère et n’a jamais été le lire. Mais moi j’ai continué. Jusqu’à ce que l’une d’entre elles deviennent chroniqueuse à feue l’émission Les Maternelles. Jusqu’à ce que paraisse le livre du blog. Jusqu’à ce que le blog meurt.

Où sont passées les mauvaises mères aujourd’hui ?

A l’heure où la panoplie de la mère parfaite sur les réseaux sociaux se définit à coup de #bienveillance #vegan #homeopathie #pleineconscience #nveo, où sont passées les mauvaises mères ? Comment, en dix ans, est-on passé d’une parole libératrice à une vitrine de fausse perfection (avec le prétexte le plus ri-pou du monde : “Je vis aussi des choses dures, mais je préfère partager uniquement le beau pour inspirer”).

Elles me manquent, ces mauvaises mères. Elles manquent à tellement d’entre nous ! La maternité décomplexée des Mauvaises Mères m’a fait du bien alors même que je n’étais pas maman. J’aimerais tant qu’elles reviennent mettre un pétain de coup de pied dans la fourmilière, secouer les puces des mamans évangélistes de la parentalité fantasmée, poser leurs ovaires sur le net pour montrer qu’on peut aimer son enfant et avoir quand même envie de le refiler à mamie pour 15 jours pour respirer et faire comme si on n’avait pas d’enfant.

J’aimerais être comme elles

Oui. Vraiment. J’aimerais pouvoir dire haut et fort que ça me gave d’avoir un enfant TDAH. Que j’ai beau l’aimé, c’est épuisant et j’aimerais bien avoir des jours off. Mais genre consécutifs. Pas éparpillés. J’aimerais pouvoir me moquer gentiment (mais me moquer quand même) des mamans qui mettent #ief alors que leurs marmots n’ont pas deux ans, des mamans qui ne le sont pas encore et qui viennent te dire que ta DPP est due à un manque de discernement “parce que bon, tout n’est pas à jeter chez Filliozat, faut pas exagérer” (j’aimerais surtout avoir le temps de souligner tous les passages problématiques où elle cite la psychanalyse et glisse en loose D des relans de mère pathogène). J’aimerais pouvoir affirmer haut et fort que oui, parfois j’envie les biberonnantes qui peuvent s’habiller comme elles veulent et confier leur bébé à n’importe qui sans que ça pose de soucis. J’aimerais pouvoir dire merde à celles qui me trouvent problématique et me bloquent après avoir voulu que je participe au leurs projets parce que j’ébranle leurs certitudes et que le dogme les a rattrapées. J’aimerais retrouver cet espace de libertés.

Parce que j’en ai ma claque

Clairement. Y a plein de bouquins et de blogs sur le fait d’être parent d’un enfant TDAH, mais, d’une part je me refuse à noire encore et toujours sur la parentalité ; et d’autre part, faut le vivre pour comprendre et digérer le ras le bol des gens qui ont un (ou des) enfant(s) facile(s) (oui, ça existe les enfants faciles, croyez moi) , qui viennent te donner des leçons d’éducation sous couvert de bienveillance (je vais finir par le vomir ce mot) et qui EN PLUS se gaussent avec prosélytisme de leurs dogmes éducatifs (alors même que leur éducation n’a pas grand chose à voir avec le caractère de leurs enfants). Dans la vraie vie, comme sur les réseaux sociaux, ces gens m’insupportent. Après les dealeuses de bienveillance, les donneuses de leçons. Un peu comme si tu disais à quelqu’un qui a un cancer comment toi t’as soigné ton rhume. On est d’accord que la seule réponse appropriée c’est “Mais ferme ta gueule!” ? Est-ce que je viens de comparé le TDAH de mon enfant à un cancer ? Il semblerait bien. Est-ce que je me marre en imaginant les têtes choquées des #instamoms ? Complètement !

Alors à toi

La future ou toute jeune maman (viens pas m’emmerder parce que je ne parle pas des pères, la société fait tout peser sur le dos des mères, sinon la charge mentale n’existerait pas, donc zip it et fais ta part humblement) donc à toi, la future ou toute jeune maman qui vit ta “matrescence” sans avoir connu ce blog merveilleux des Mauvaises Mères qui parlait sans complexe de la merde que c’est d’être un parent, je voudrais te dire ceci :

ECOUTE TOI. En priorité. Toujours. Ne te force jamais. A rien. Pour personne. Tu ne sais pas encore qui est ton enfant. Tu le découvres. Et, crois moi, ce que tu vois ou ce que tu lis seras sans doute bien loin de ta réalité. Gardes toujours ça en tête.

TU ES LEGITIME. Dans tout ce que tu ressens. Tu es légitime quand tu gagatises à mort devant la prunelle de tes yeux. Tu es légitime quand tu te dis que bordel, t’en as vraiment ras le cul et tu voudrais bien être ailleurs. Tu es légitime quand tu veux rester là et ne plus bouger parce que sentir la respiration sereine de ton enfant qui s’est endormi contre toi, c’est quand même la plus belle chose du monde. Tu es légitime quand tu te demandes pourquoi grands dieux as-tu fait des enfants. Tu es légitime quand tu te dis que la vie serait plus facile sans eux. Tu es légitime quand tu culpabilises d’avoir pensé la phrase précédente. Tu es légitime quand tu regrettes de ne pas avoir pris ton congé parental. Tu es légitime quand tu regrettes d’avoir pris ton congé parental. Tu es légitime quand tu fais chier ton monde pour que ton enfant soit pris en charge pour son neuroatypisme que tu es la seule à percevoir alors que tout le monde te met la responsabilité sur le dos depuis des années.

TU ES UNE MAUVAISE MERE. De base. Quoique te fasses. Tu as été jugée. Tu es jugée. Tu seras jugée. Tout le temps. Partout. Par tout le monde. Et tu seras inévitablement jugée toujours pareil : mauvaise mère. Et la maternité, la parentalité, sache-le, c’est la guerre. Y a des camps. Et ils sont tous virulents. Sein vs biberon. Sco vs non-sco. Vacances à la mer vs. vacances au ski. Vacances vs. pas d’sous pour les vacances. Education genrée vs. non-genrée. DME vs purée. Maternité vs AAD. AAD vs ANA. Maman solo vs maman en couple. Chocolatine vs pain au chocolat. (J’me fatigue, cet article sort de moi comme si je n’étais plus aux commandes. Hello catharsis !)

Time to own it, girl !

Alors quitte à être condamnée “Mauvaise Mère” à perpétuité, il est temps de l’assumer. Hell! Il est temps de le revendiquer! De faire sien cette étiquette et de dire merde un peu à tout le monde. Phase d’opposition de la matrescence, nous voici! Nous, les mères, les mauvaises mères, et fières de l’être! Fini le temps où une réflexion pouvait nous ébranler. Fini le temps où les plaintes de la maîtresse nous faisaient culpabiliser. Fini le temps où noud cherchiond constamment à toujours faire bien. Fini la porosité au bullshit de notre parentalité. Et si tu n’y a jamais été perméable, tant mieux pour toi. Et si tu y es perméable, alors courage à toi. Promis, un jour, tu accepteras de n’être juste qu’une mauvaise mère aux yeux du monde. Et, ce jour là, tu t’en battras tellement le clito que tu n’étoufferas plus sous le poids de ta maternité et que tu pourras enfin profiter en toute liberté de ta maternité. Promis.

Madeline,
Mauvaise mère assumée

10 Replies to “Où sont passées les mauvaises mères ?”

  1. J’ai bouffé du Filliozat, du Maya etc et me suis ensuite détestée de perdre patience avec mon fils. Maintenant, je l’accepte. J’ai TOUT fait en fonction de lui depuis sa naissance voire sa grossesse, nuit et jour. Aujourd’hui, il n’a que 18 mois et je suis épuisée. Je remets tout en question : allaitement, cododo. Je me questionne. Récemment j’ai réussi à verbaliser que je regrettais -parfois- ma vie d’avant, et j’ai culpabilisé la seconde d’après comme tu le dis si justement. Je ne pensais pas que ça serait si dur, que je ressentirais autant de colère contre autant de chose en devenant mère. Ma conscience féministe est exacerbée depuis que je suis mère car j’ai réalisé encore un peu plus combien nous sommes bridées, jugées et mise l´écart au quotidien. Et entendre de personnes sans enfant le sempiternel refrain « faire des enfants c’est égoïste » pour affirmer leur fausse sensibilité écologique … Quand t’as pas dormi plus d’en 5h d’affilé ou pissé seule depuis 18 mois, ça donne envie de casser des gueules. C’est décousu mais bref ton article m’a fait du bien, merci 😊

    1. Aaaahhhh ! Les Jean-Michel Childfree et l’argument de l’écologie pour cacher leur misogynie et leur haine de l’Autre ! En général je réponds “Du coup c’est quelle date pour le suicide collectif? Non parce que clairement, si ta conscience écologique te pousse à ne pas faire d’enfant, elle devrait, en tout logique, te pousser à cesser de vivre”
      Puis j’me fais insultée d’extrémiste et je n’entends plus jamais cet argument. RA-DI-CAL
      Courage pour le reste. La maternité c’est beau une fois qu’on a dit merde à Filliozat, ses acolytes, ses disciples, et tout ce qui gravite autour. Promis

      1. Pas mal ta réponse à c’est faux marginaux qui ont l’impression de jeter un pavé dans la mare en affirmant ne pas vouloir d’enfant ! Je me sens mieux maintenant que je me détache de tout ce courant de pensée.

  2. Entre ça et l’article mère 2.0: sache que ça change ma vie de te lire 💜
    Je me retrouve dans tout, avec ma culpabilité d’avoir une enfant difficile, hypersensible, angoissée, que j’aime plus que tout mais qui me met à mal souvent aussi… hypersensibilité que je met sur le dos d’un parcours PMA 10 fois trop lourd pour l’avoir et de ma dépression post-partum suite à ce put*** de parcours!! Entourée de bien pensants, pro Montessori (dont une belle sœur qui a monté son école pour y mettre ses enfants et s’offusque devant mon refus de lui laisser la mienne et d’utiliser la moindre méthode dans mon éducation) j’avoue que je me sens tout sauf à la hauteur… alors merci mille fois pour tes écris

    1. 💗💗💗
      Écoute toi. TOI SEULE. Tu sais mieux que n’importe qui ce qui convient pour ton enfant. Tant mieux si ta BS a monté son école et que ça lui convient, faut juste qu’elle arrête de projeter sa vie sur les autres! Courage

  3. Je crois bien que je suis une de ces mamans que tu décris et ça me fait du bien de te lire aussi, j’en ai bouffer du livre sur la bienveillance et je suis la reine de la culpabilisation mais d’un côté je suis quand même contente d’avoir lu tout ça, ça m’a quand même donné des clefs parce que sinon je crois que j’aurai été la mère que j’ai eu à coup de “ici c’est moi qui décide” et de claques sur le cul humiliantes dont j’ai le souvenir bien ancrée. Finalement tout est question d’équilibre, et ça fait du bien de lire que chez les autres que c’est difficile aussi, et que vous avez aussi de les mettre sur le bon coin de temps en temps vos mioches. J’ai encore du chemin à parcourir sur la déculpabilisation, je suis encore dans cette ambivalence. Par exemple, j’ai peur de le mettre à l’école puisque tu t’en doutes j’en suis à penser que école = veo donc je pense à ief et en même temps bordel qu’est ce que ça me ferait du bien après 3ans de le laisser un peu et à peine je pense ça que je me dis que je vais gâcher tout le boulot mis en place sur 3 ans. Bref je suis tellement dedans, je cherche l’équilibre mais j’ai tendance à pencher un peu trop du côté de la culpabilité et cette bienveillance appliquée qu’a mon fils puisque moi je m’oublie clairement.

    1. Je suis dans la même ambivalence que toi. Mon fils a 18 mois, je suis en congé parental et le resterai jusqu’à son entrée à l’école. Je souhaite l’inscrire à la halte garderie pour avoir qqes heures seule mais j’appréhende beaucoup. Je ne sais pas si c’est à cause de toutes mes lectures sur la parentalité bienveillante et compagnie mais j’angoisse beaucoup de le laisser notamment pour ce que tu décris (collectivité = VEO). Et en même temps je sais que ça me ferait du bien d’être seule quelques heures.

      1. Toute cette mouvance antagoniser énormément les structures d’accueil alors qu’il y a beaucoup de profesionnelLEs bienveillantEs dans ces structures

  4. Je viens d’apprendre qu’un des mes enfants est sur le TSA, son jumeau TDH, et le petit troiz surement sur le TSA aussi (en même temps, avec un père et une mère diagnotiqués Asperger dans la trentaine …). J’ai culpabilisé de ne pas savoir calmer mes enfants avec les méthodes bienveillantes, de voir que trop de liberté angoissait mes enfants.

    Je suis soulagée de voir que je ne suis pas la seule à voir que la psychanalyse en matière d’éducation (et de prise en charge du TSA, mais c’est un autre débat) est une inepsie sans nom. J’ai jeté Dolto et Fillozat. Aucune méthode d’éducation ne peut prétendre nous apprendre à élever nos enfants. Ce serait renier l’individualité de chaque parent et de chaque enfant.

    1. Plus j’écris sur le sujet, plus je me rends compte que cette mouvance éducative est essentialiste et souhaite opérer quelque part un retour au foyer des femmes. C’est inquiétant de voir s’opérer un retour en arrière porté par certaines mères elles mêmes au final.

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