Mon allaitement au delà d’un an – SMAM2018


Billets d'humeur / Friday, October 19th, 2018

A la rentrée suivante, MiniCaptain avait un an, j’avais titularisé et j’ai donc vécu ma première mutation. A 160Km de chez moi. Dans un autre département. Alors que j’étais mariée, avec un enfant, et qu’une collègue de promo moins bien classée que moi au concours (donc moins de points de base), non mariée et sans enfants (donc moins de points ajoutés) avait eu un poste dans le département. Conséquemment, quand on m’a servi l’argument fallacieux du manque de points pour obtenir le département, j’ai dit fuck à l’EN. Je me suis mise en arrêt, puis en disponibilité. Je voulais sortir mon fils de la crèche, que je ne sentais pas, et être enfin la maman que je rêvais de pouvoir être depuis le début.

Seulement je n’ai pas pu.
Encore une fois, je n’ai pas eu la force de concrétiser ce que je voulais vivre.
Je me suis laissée faire.
(tu la sens la culpabilité encore présente ? u_u’)

“Ok tu lâches l’Education Nationale, mais tu ne fais pas rien” ont été, à ce jour, les paroles les plus destructrices que le Captain m’ait dites

(enfin après “On s’en sortira pas si tu prends un congé parental” ce qui n’était que l’expression de ses peurs du manque et non la réalité de notre situation financière, mais argument auquel j’ai quand même cédé, et qui m’a brisé le coeur. Encore aujourd’hui je n’en ai pas totalement cicatrisé)

Ma cage dorée

J’ai donc décidé de monter mon entreprise de photographie de mariage. MiniCaptain est resté à la crèche. Et j’ai repris un semblant de contrôle sur ma vie en m’investissant corps et âme dans l’entreprenariat. Les tétées se passaient au rythme des journées, matin au réveil, le soir au coucher, et surtout la nuit.

Je ne donnais plus au lactarium après avoir donné pendant 9 mois et avoir stressé chaque fois de ne pas tirer assez et d’entendre la remarque de la collectrice ; j’avais dit merde sur la gestion du quotidien vu que j’avais maintenant une entreprise à gérer. J’étais devenue ma propre patronne. Ma propre patronne tyrannique…

J’ai lancé des gros projets, des projets lourds à porter, des projets qui ont été repris quand je les ai arrêtés par 5 personnes alors que je les menais seule avant, pour te donner une idée. Je n’avais pas pu être la mère que j’avais désiré être, on ne m’avait pas laissé devenir cette maman là, je m’étais laissée convaincre de ne pas devenir cette maman là, alors mon entreprise était devenue mon nouveau bébé. Un palliatif pour exprimer celle que je voulais être sans que personne n’interfère.

Lionne et louve

Et cet allaitement qui continuait simplement, c’était le denier bastion de cette mère que j’aurais aimé être. Je ne voulais pas lâcher ça. J’avais déjà cédé sur tout le reste. Au prix de mon équilibre émotionnel et de ma santé mentale. Mais l’allaitement long, ça, je ne le cèderai jamais. A défaut d’avoir eu une mère présente sa première année de vie, mon fils pourrait téter autant de temps qu’il le souhaiterait et personne ne pouvait rien me dire là dessus.

Toutes les personnes qui faisaient des réflexions, même sur le ton de l’humour, me voyaient leur bondir à la gorge, crocs et griffes dehors avec des répliques acerbes pour leur faire comprendre à quel point je m’essuyais avec leurs avis non sollicités.

Et j’ai enfin eu ce que je voulais : la paix et l’espace sur cette question de l’allaitement, vestige de la mère que j’aurais aimé être mais que je n’ai pas pu être.

Cet allaitement, c’était mon graal, ma bouée, la seule chose qui ne me faisait pas me sentir la pire des mères quand je repensais à tout ce que j’avais laissé les autres me convaincre de sacrifier au nom de leurs peurs à eux.

Et j’ai raté le coche

Ce moment charnière où on passe des tétées à volonté aux tétées à l’amiable, car bébé n’est plus un bébé et maman a quand même besoin de se retrouver ; je l’ai raté.

Comme on rate une sortie d’autoroute parce qu’on s’est décidé à enfin doubler ce pétain de camion qui roule à 90Km/h et qui nous fait suer depuis 3 Km.

Avec autant d’élan et de contrariété, j’ai raté le coche de l’allaitement à l’amiable.

Sevrage induit vs sevrage naturel

Un an et demi plus tard, ne supportant plus d’être sollicitée constamment pour téter, n’arrivant pas à faire cette fameuse transition que j’avais ratée, j’ai pété un plomb. Du jour au lendemain je lui ai annoncé que c’était fini. C’était brutal. Nous approchions de l’été de ses 3 ans. J’ai tenu 3 mois. 3 mois où MiniCaptain me réclamait ponctuellement à téter et où je lui refusais. 3 mois durant lesquels ces refus se finissaient en larmes, frustration et désespoir. Pour lui comme pour moi.

Autour de moi, tous les sevrages induits ont été réglés en 15 jours, maximum un mois. Et nous en étions à 3 mois de requêtes ponctuelles qui nous brisaient le coeur. Alors un jour, après un gros chagrin, j’ai accepté. Sous conditions. En expliquant, sereinement, calmement, avec tout mon amour quelles étaient ces conditions et pourquoi elles étaient là.

Ce coche que j’avais raté, je l’ai rattrapé. Nous avons repris l’allaitement après 3 mois d’arrêt, il allait avoir 3 ans (et oui, j’avais encore du lait, même avant la grossesse de BébéSourire, un an après l’arrêt, j’avais encore du lait…). Il était actif dans le timing des tétées, il ne négociait plus, il savourait ces moments entre nous. Et puis progressivement il a de moins en moins réclamé. Il sauté la tétée du soir. Puis celle du matin. Ou alors la tétée ne durait pas jusqu’au bout du timer, il s’arrêtait avant.

Et finalement, il a cessé de réclamer les tétées. Il s’en est affranchi. Il a grandi. Il s’est sevré tout seul.

2 Replies to “Mon allaitement au delà d’un an – SMAM2018”

  1. Tes articles m’ont tellement touchés !
    Je suis révoltée de la réaction de la conseillère en lactation (mais j’ai ri de ton pique à l’homé… boules de sucre) et j’ai été émue du reste.
    Tu as fait preuve d’une grande force de reprendre l’EN, et j’espère que tu pourras être la maman que tu souhaites pour bébé sourire.
    Tu es forte et tu as tout mon respect <3

    1. 💖💖💖
      Oui cette conseillère était vraiment la pire. Pour l’homeo j’ai pas pu m’en empêcher 😇
      J’ai du mal à me trouver forte de reprendre l’EN 🤔 C’était un choix de raison (horaires fixes, salaire stable, vie simplifiée par rapport à l’entreprenariat…), un retour à ma vocation premiere.
      (Promis promis, je bosse mon sentiment de légitimité 🙈)

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