[Matropause] La réflexion


Parentalité / Tuesday, June 9th, 2020

Version audio – 6’58

Pourquoi trois?

En toute logique, après avoir pris la décision de ne pas faire d’autres enfants, je me suis interrogée sur pourquoi j’étais fixée sur 3 enfants. Pourquoi pas deux ? Après tout, nous ne sommes que deux dans ma sororie et, même si nous ne sommes pas aussi proches qui je l’aimerais, nous avons bien grandies entre nous deux. Pourquoi cette envie de troisième alors que j’ai eu des retours de connaissances qu’être trois c’est parfois compliqué (surtout pour celleux du milieu, enfin du moins chez les personnes que je connais) ?
Depuis aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours dit que j’aurais 3 enfants pour deux grossesses. Je rêvais avoir un fils aîné suivi de jumelles. Alors tu imagines bien que lorsque j’ai découvert que MiniCaptain était un garçon, ça m’a confortée dans cette projection que j’aurais des jumelles en suivant. Et puis pouf! BébéSourire 😛
Alors depuis j’ai déconstruit le schéma dans lequel je me projetais depuis toujours. J’ai compris d’où il venait. Et je me suis défaite de ce besoin de réparer une histoire familiale qui n’était pas mienne à porter. Et je remercie la Vie de ne pas avoir réalisé cette envie de grossesse gémellaire après un premier garçon, car ça m’a permis de stopper ici cette transmission familiale lourde à porter.

Qu’est que je cherchais, avec un 3ème ?

On ne va pas se mentir, je suis encore une jeune maman dont un seul enfant est scolarisé, et seulement en maternelle (enfin jusqu’à la fin du mois). Je ne connais pas encore la joie de faire faire les devoirs, les anniversaires avec des enfants excités qui courent partout, les weekends mobilisés pour les évènements sportifs, les demandes pour aller dormir chez un copain, les demandes pour qu’un copain vienne dormir… Bref. Même si MiniCaptain et son TDAH nous ont déjà apporté un bon lot d’épreuves et d’expériences à assumer, j’ai bien conscience que nous n’en sommes qu’au début de nos aventures parentales, que je suis encore un bébé maman qui bénéficie encore de l’impact émotionnel (et hormonal) d’avoir un bébé allaité.


Alors j’ai fait un travail d’introspection pour identifier ce que je cherchais, avec un troisième enfant. Car, soyons honnêtes, on fait les enfants pour soi. Alors pourquoi cette envie d’un troisième au delà de ce que je disais précédemment, elle vient d’où ?

Si je suis parfaitement transparente, j’ai passé ma première grossesse à lire de manière boulimique sur la parentalité BPR car je n’avais aucune confiance en mes capacités parentales et je me sentais perdue. Et puis il y avait tous les conflits avec Belle-Maman. L’achat de notre appartement à Toulouse avec tout le stress que ça engendre. Les travaux. Bébé qui naît dans des violences obstétricales tristement banalisées qui me marquent, le tout une semaine avant le déménagement ce qui fait que le Captain passe son congé paternité à finir travaux et organiser le déménagement… Un sentiment de gâchis énorme.

Pour la grossesse de BébéSourire, plus d’appartement. On vient de trouver notre maison. Les papiers sont signés. On se lance dans les travaux. On commence les essais tôt en se disant que ça prendra du temps. Et je tombe enceinte au premier cycle. Je déménage avec des nausées et toute l’installation dans notre maison est au ralenti à cause de la grossesse. S’ensuivent les difficultés scolaires de MiniCaptain, sa déscolarisation. J’en chie. Clairement. Netflix a tourné des heures entières pour que je puisse assurer un minimum les journées sans tomber dans les pommes. Et au moment où les choses rentraient dans l’ordre, il reprendrait le chemin de l’école, nouveau conflit avec Belle-Maman (qui doit avoir un sacré problème à voir sa belle-fille enceinte). Conflit qui nous touche, qui teinte un peu les choses malgré tout. Et puis il arrive parmi nous. Le bonheur.
L’envie d’un troisième c’était donc l’envie de vivre pour une fois une grossesse sereine. Sans déménagements. Sans travaux. Sans clash avec belle-maman (parce qu’on ne lui aurait probablement rien dit ^^’). Sans “Surprise! Ton fils a des troubles neuro, démerde toi avec ça en attendant de trouver un suivi adéquat!”. Bref. Une grossesse posée, installée, nidifiée, cocoonée…

L’envie d’un troisième c’était aussi l’envie de revivre l’accouchement à domicile. C’était guerrier. C’était douloureux. C’était intense. C’est renversant. Mais c’était aussi puissant. C’était doux. C’était transcendant. C’était la Vie, avec un grand V. Et qui ne voudrait pas revivre ça, encore et encore ? Un peu comme un enfant qui ne voudrait pas descendre du manège, pour faire toujours plus de tours, même si parfois ça secoue et ça fait peur.

Il faut s’y résoudre pourtant : les manèges, c’est fini pour moi.

Ce qui va me manquer…

…c’est de ne plus jamais connaître ces moments de sexe exaltants où l’on ne fait pas juste l’Amour, on fait l’Amour pour faire un enfant. Moi et ma connerie de relever les jambes après chaque tentative, qui nous faisait éclater de rire, encore dans l’euphorie post-orgasmique dans lequel nous nous trouvions.

…c’est de ne plus jamais guetter impatiemment devant le miroir les courbes de la grossesse qui se dessinent.

…C’est de ne plus jamais annoncer à mes élèves que je ne pourrais pas finir l’année à leur côté et les voir subitement prendre la pleine conscience que Madame Captain n’est pas un robot-prof qu’on range dans le placard le soir alors que j’accueille leurs félicitations et leurs interrogations enthousiastes.

…c’est le pregnancy sex et ses orgasmes en rafale.

…c’est de ne plus avoir d’amies avec qui partager nos grossesses, nos maux et nos inquiétudes de jeunes mamans.

…c’est les caresses délicates du grand frère, des bisous et des chansons sur mon bidon rond.

…c’est d’allaiter. Tout comme je ferais don de mon utérus si je le pouvais, je ferais don de mes seins également volontiers quand BebeSourire ne tètera plus.

…c’est de ne plus jamais être une jeune maman.

Je suis prête pour le reste de ce que la maternité a à m’offrir avec mes garçons qui n’auront jamais de cesse de grandir.

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