Matraissance, matressence, matrescence


Parentalité / Friday, April 24th, 2020

Version audio – 4’51

C’est un mot très à la mode “matrescence” mais je crois que je ne suis pas tout à fait d’accord avec la manière dont il est présenté et perçu par la majeure partie des personnes.

Ce terme est présenté comme suit : “La Matrescence est la contraction du mot maternité et adolescence pour expliquer pourquoi tant de changements arrivent au moment de donner naissance à un enfant.” source

Matraissance

Quand je lis cette définition, je pense que la contraction de maternité et naissance serait plus appropriée. On naît mère en donnant naissance ou quand bébé arrive dans nos vies, si on devait résumer très schématiquement. C’est une période de chamboulements intenses, autant physiquement que psychologiquement. Il faut en parler #monpostpartum , il faut informer, il faut former, il faut médiatiser. C’est essentiel. Surtout à une époque où une vague de féminisme (dont je pense faire partie) se réapproprie la maternité comme revendication féministe à part entière.

Et c’est aussi durant cette matraissance qu’on peut se perdre dans toutes les injonctions contraires qui relèvent de la maternité, dans tous les conseils non sollicités qu’on reçoit, dans les avis contradictoires du corps médical sur à peu près tous les sujets qui touchent à nos bébés : sommeil, alimentation, santé, soins… A l’image de son nouveau né, une mère en pleine matraissance a besoin d’être sécurisée, écoutée, soutenue, “portée” comme elle porte son nourrisson contre son coeur. La matraissance, c’est littéralement une nouvelle vie. On bascule dans un monde dont on ignorait parfois tout et qui peut être effrayant autant que réconfortant en fonction des événements qui vont entourer cette matraissance.

Matressence

Je pense que cette “phase” peut être totalement absente comme redéfinir entièrement une personne. Je sais que pour moi elle a été très forte et l’est parfois encore (et je mets ça sur le compte du jeune âge de mon bébé). C’est la contraction du mot maternité et essence. Quand tout ce qui nous définit, c’est la maternité. Ca peut durer seulement le temps du séjour à la maternité où tout le monde n’en a que pour notre bébé et nous zappe complètement, comme ça peut durer toute une vie où on ne se sent plus que mère et investit d’une mission de vie de porter nos enfants jusqu’au bout.

Pour ma part, cette phase de matressence a duré quelques années après la naissance de MiniCaptain. Elle était une forme d’expression de ma dépression post partum, je n’étais plus que mère et tout le reste de la vie m’étais douloureux. Pour BébéSourire, je dirais que je la vis par épisode. Il y a des moments où je ne me sens que mère, et je ne veux rien d’autre que mon bébé contre moi ; et d’autres moments, plus nombreux, où le monde autour existe (très fortement en ce moment d’ailleurs #Covid19 j’en apprécie d’autant plus les moments dans notre bulle).

Matrescence

C’est donc, comme je le rapportais en introduction, la contraction de maternité et adolescence. Et l’adolescence c’est une phase importante de construction de son identité, on parle d’ailleurs souvent de “crise” car on se construit alors souvent dans l’opposition. Et, pour moi, l’adolescence de la maternité, c’est ce que je ressens en ce moment.

Je suis née mère il y a 6 ans. Je n’ai été essentiellement que mère pendant des années. J’ai plongé quasi littéralement corps et âme dans la maternité. Et maintenant, je prends mon indépendance de mère. J’ai appris des choses qui m’ont faites grandir, d’autres qui m’ont profondément abîmée. Si je devais caricaturer les choses je dirais que l’héritage familiale parental est un père absent, et le courant d’éducation positive/parentalité bienveillante/accompagnement respectueux de l’enfant est une mère abusive. Tu sais ? Ce genre de mère qui te fait faire un régime à 12 ans “pour ton bien” face à ton père qui te dit que de toute façon il ne sera pas toujours là et que si tu ne veux pas l’écouter, alors tant pis pour toi, la vie t’apprendra.

Et je vis mon adolescence maternelle en ayant ouvert les yeux sur tout ça. En m’opposant aux choses qui m’ont fait mal. En gardant les choses qui m’ont faites avancer. En définissant ma maternité selon moi. Seule. En disant merde aux autres : aux autres personnes, aux autres mères, aux autres dogmes, aux autres pensées. Merde à toustes.

Quand certaines font des câlins à leur petite fille intérieure, moi je serre fort dans mes bras ma jeune maman intérieure. Je la cajole, je la console, et je lui dis quelle mère formidable elle va devenir.

La route est longue, mais tu ne cesseras jamais d’avancer.

Take care
– Mad –

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