Ma libido stellaire


Sexualité / Tuesday, October 8th, 2019

Oui, j’aurais pu écrire “lunaire” mais je ne suis pas une sorcière des temps modernes et je suis lasse de l’association femme/lune. Et puis ma libido n’est absolument pas cyclique et prévisible. Elle est comme les étoiles et les évènements cosmiques : lointaine et rare.

L’alignement des planètes

Qui est un phénomène qui arrive rarement, convenons en. Ma libido, c’est pareil. Je parle de ma libido hors grossesse, parce que tout le monde sait ici que je surkiffe le pregnancy sex! Donc ma libido (hors grossesse), c’est quelque chose de stellaire. Un peu comme une comète dont on ignorait l’arrivée. J’observe de temps à autre en espérant en voir une. Souvent j’oublis (oui oui). Et c’est quand j’y pense le moins que pouf ! Je lève les yeux au ciel et je vois la comète. Presque par hasard!

Et puis honnêtement, des fois, y aurait pas de comète, pas d’étoiles, pas de galaxie, ça m’irait aussi parfaitement.

Le vide sidéral

Quand j’ai arrêté ma contraception hormonale vers mes 25 ans, j’ai découvert que je n’étais en fait pas dépressive mais que c’était ma contraception qui me rendait dépressive. Et hop! 2 ans d’anti-dépresseurs pour rien… Je me suis dit chouette! je vais retrouver aussi ma libido! Et puis en fait, pas plus que ça.

Je ne ressentais pas ou peu de désir. Est venue la question de l’asexualité. En toute honnêteté, si la vie pouvait se passer sans sexe, ça me conviendrait aussi. Sauf quand passe une comète et que ma libido se réveille. Donc même si je me reconnaissais dans cette définition, le fait est que j’avais à la limite des périodes/épisodes asexuels (si ça existe) mais je ne le suis pas.

Je me suis posée légitimement la question de mon attirance pour mon homme. Est-ce que je l’aimais vraiment ? Est-ce que je le trouvais vraiment beau ? Est-ce que j’avais envie d’autres que lui ? (si tu as lu l‘article où je parle de la fois où j’ai songé le tromper, tu sais que non) Lui aussi m’a posé ces questions car c’est compliqué de ne pas se sentir autant désiré qu’on désire l’autre. Pourtant il y a des moments où je le désire vraiment, mais ça n’a rien à voir avec le physique. C’est très intellectualisé. Donc il a fallu qu’il apprenne à ne pas se sentir dévaloriser par ce déséquilibre entre nos deux libidos, et ça a été un long chemin.

J’ai creusé dans mon douloureux passé. Je me suis rappelée avoir affirmé à ma mère quand j’étais en moyenne section que moi, j’aimais les filles, parce que les garçons ils sont moins doux. Etais-je une lesbienne refoulée (je ne veux offenser personne, je ne sais pas si le terme est safe, je suis absolument désolée s’il ne l’est pas et je suis prête à le corriger si quelqu’un veut bien m’indiquer quel terme est approprié, merci) ? Le fait est que quand passait la comète dans mes brèves périodes de célibat, j’avais des attirances pour les deux genres bien que je n’ai jamais eu que des rapports hétérosexuels. Et puis la question de ce que j’avais vécu enfant s’est posé. Avais-je un blocage psychologique quant au sexe à cause de ça ?

Vers l’infini et au delà!

Le fait est que j’ai cherché ainsi longtemps. Je me suis franchement perdue dans le cosmos, me demandant même si j’étais partie un jour d’une base quelconque vers laquelle revenir un jour où si j’étais condamnée à être perdue pour toujours. C’était déconcertant de ne pas avoir de mot(s) à mettre sur cette libido rare et hyper fluctuante à une époque où tout le monde semble pouvoir définir clairement sa sexualité dans les moindres détails.

Ne me retrouvant dans aucune définition que je connaisse et que j’ai rencontré, j’ai arrêté de chercher. J’ai vécu ma première grossesse et le retour à la sexualité compliqué qui s’en est suivi en observatrice, passivement.

The universe is big, its vast and complicated, and ridiculous

Car oui, au tout début, je me forçais. Tout le temps. Je pensais que l’appétit vient en mangeant car je ressentais quand même quelque chose physiquement qui n’était pas désagréable quand je me forçais. Mais j’étais très loin de prendre réellement du plaisir. Je n’ai jamais eu d’orgasme de me 16 à mes 24 ans. Je n’étais pas déconstruite du tout. Et maintenant avec le recul, je pense que c’est une des pires erreurs que l’on peut faire. Car à me forcer quand mon copain avait envie de moi, moi je n’avais strictement jamais envie d’aucun d’eux. Heureusement que mon Captain lui, était très déconstruit en terme de sexualité. Et nous avons pu en parler, et attendre ensemble que j’ai réellement envie ! C’était compliqué de ne pas succomber à ma propre pression, parce qu’au final j’avais tellement intériorisé que les hommes ne peuvent attendre, que même si lui attendait, j’avais quand même la pression. Saleté de patriarcat, right ?

Pareil pour le retour à la sexualité après la naissance de MiniCaptain. Je me suis forcée à J+1 mois. GROSSE ERREUR ! J’étais pourtant déjà plus avancée dans mon féminisme et je savais que c’était quelque chose à ne pas faire. Mais la déconstruction des injonctions intériorisées passe par des (douloureuses) rechutes. J’ai fini en pleurs, mon homme s’est senti le pire salaud de la terre, on a mis 6 mois à retenter quoique ce soit et franchement un an avant de retrouver une sexualité normale pour nous compte tenu de ma libido très fluctuante. Je reste convaincue que se forcer n’est JAMAIS la solution et qu’elle dessert tout le monde. S’écouter, respecter son envie ou non-envie, être respectée, c’est essentiel.

Entrent en jeu les sextoys ! Je savais, dés le début de notre relation, que mon homme avait une jolie collection de sextoys et qu’il aimait l’anal. Et j’avoue que ça m’a BEAUCOUP aidée à déculpabiliser de mon absence de libido car je savais que par ailleurs il pouvait se faire plaisir seul, et même des plaisirs auxquels je ne pouvais satisfaire (n’aimant pas l’anal même en tant qu’active). C’était vraiment une béquille psychologique pour m’ôter la pression et finir de déconstruire cette injonction au sexe. J’étais clairement contente qu’il ait ses jouets. Sachant qu’à l’époque je n’en avais pas car je n’aimais pas ça. Du tout.

Quand passe une comète

Ou quand les planètes sont alignées, comme vous voulez 🙂
Et bien quand ça arrive, là aussi c’est stellaire ! Que ce soit pour une seule fois ou pour une période de temps, quand ça arrive, c’est un évènement cosmique. Le Captain et moi vibrons (enfin) à la même fréquence!

Un peu comme des amoureux séparés très longtemps, on se retrouve. Et je ne rentrerais pas dans les détails graphiques de ce qu’il se passe au lit ou ailleurs car je ne suis pas là pour ça, mais quand on se retrouve, on se dit que ça valait le coup d’attendre que les planètes s’alignent. Vraiment. On s’aime fort. On est heureux. On se dit qu’on s’est manqué. On profite. On savoure. Et si l’alignement dure sur une belle période, on tente même des nouvelles choses!

Bigger on the inside

Il m’aura fallu être active sexuellement depuis 10 ans pour enfin comprendre ma libido, et quelques années de plus pour l’accepter. Ce manque d’envie, ce décalage édifiant entre mes partenaires et moi, c’était terrifiant. J’avais l’impression de ne pas être une vraie femme. Je trainais cette impression de ne pas être dans la norme, d’être atypique, d’être le boulet qu’on était bien gentil d’aimer quand même.

Alors je pose ça là autant pour celle que j’étais que pour celles qui sont comme celle que j’étais (tu suis ? 🙂 ) :
– il n’y a pas de meilleur sexe que celui où les deux ont vraiment envie
– ne te force plus jamais, avec qui que ce soit, même pas en solo
– si ta moitié te quitte par manque de sexe, bon débarras (vraiment)
– tu mérites d’être aimée pour qui tu es

Voilà.

Rendez-vous au prochain alignement des planètes 😉

4 Replies to “Ma libido stellaire”

  1. Ce post me fait du bien… je m’y retrouve… et hélas j’ai envie de dire hélas… parce que pour être / faire comme tout le monde, j’aimerais bien avoir un peu plus envie… mais d’un autre côté, je me dis aussi que se forcer n’est pas la solution et que quand les planètes s’aligneront ce sera délicieux 🙂 Alors merci !

  2. Je me retrouve complètement dans cette libido globalement rare… Même si parfois oui, elle revient et là c’est génial, c’est fou.
    Bon, avec l’allaitement et un bébé ça reste difficile de trouver du temps et d’avoir envie. Car oui, hors période d’ovulation (et sans retour de couches pour l’instant), mon envie peut venir (ou pas) avec de la patience et des câlins tout doux et l’esprit libre. Je suis longue à la détente. Quand j’ai envie, elle peut aussi retomber comme un soufflé en plein milieu.
    Et depuis le 4e mois de ma grossesse, j’ai des douleurs a priori liées à mon périnée trop contracté donc ça ne facilite pas la chose même si avec de la patience et de l’amour, ça peut très bien se passer et être super super chouette.
    Je ne jouis quasiment jamais. Pourtant mon amoureux est motivé 😀 c’est un lâcher prise que j’atteins rarement, ou alors seule avec des vidéos.
    A la différence de toi, j’ai eu des rapports avec des filles (je dis filles parce que j’avais entre 17 et 23 ans) et dans les moments où je doute du fait d’aimer les garçons, je me souviens qu’au bout d’un temps, j’avais le même “problème” de libido.
    Donc je crois que c’est comme ça.
    Le sexe ne me manque pas. Si j’ai envie et pas mon amoureux (ce qui est arrivé à peu près… zéro fois !), je ne ressens pas vraiment de frustration. Donc je crois que je pourrais m’en passer.
    Au début de notre relation, ça me stressait de ouf, ce décalage de désir. Et puis on a parlé, beaucoup, j’ai arrêté de me “forcer” pour faire plaisir (et sous ma propre pression en plus car lui ne me pressait pas du tout) et maintenant ça va mieux. Je ne me force plus. Certains jours il est triste car le sexe avec moi lui manque. Il essaie de ne pas le montrer mais je le connais. Alors j’essaye de trouver un moment pour nous, pour qu’on se pose pour un câlin, et si je le sens, je m’occupe de lui dans la mesure de mes envies du moment (même si ma libido est au point mort, je peux tout à fait avoir envie intellectuellement de lui faire plaisir autrement qu’avec une pénétration et sans pression).
    Voilà pour le pavé. C’est pas tous les jours facile mais ça vaut le coup !

    1. Merci pour ton commentaire 🙏
      Je comprends tout à fait le décalage entre l’envie de lui faire plaisir et le manque de libido. C’est compliqué à gérer ce décalage. L’important c’est d’arriver à trouver quelque chose qui nous convienne. Ici je préfère même pas m’occuper de lui si j’ai vraiment zéro envie. Ses sextoys remplissent très bien cette fonction 😅
      En revanche on a plein de moments intimes et complices non sexuels qui comblent un peu le besoin de proximité avec l’être aimé.

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