Le don de lait – SMAM 2018


Billets d'humeur / Saturday, October 20th, 2018

On parle beaucoup du don du sang, de plasma, de moelle osseuse, d’organes même ! Mais moins souvent du don de lait maternel qui est pourtant tout aussi essentiel que les autres.

“Un don solidaire et gratuit”

Je ne vais pas vous parler en long en large et en travers de ce qu’est le don de lait et de comment le mettre en oeuvre. Le site de l’association des lactariums de France en parle bien mieux que moi !

Pour faire simple : tu contactes le lactarium, tu rencontres la collectrice qui te fait faire les analyses nécessaires et te donne le matériel et les instructions pour tirer ton lait, tu tires ton lait en suivant les instructions et utilisant les contenants fournis, tu le congèles, et tous les quinze jours, elle passe collecter ta production.

J’ai toujours voulu donner

Ma mère, bien qu’elle n’ait pas allaité longtemps, a donné. J’ai donc grandi avec ces histoires de dons de lait et ça me semblait comme une évidence de donner. Avant même d’être maman. Avant même d’être en couple avec mon Captain. Tout comme je savais que j’allaiterai, je savais que je donnerai de mon lait.

Et puis il y a eu les copines

Qui ont eu des préma. Pas toutes je vous rassure. Mais au delà de ma détermination à donner le jour où j’aurais des enfants, j’ai compris pleinement l’impact que ça pouvait avoir. Donner son lait c’est sauver des vies. Littéralement. Sauver des vies. Et toutes mes connaissances qui ont eu un préma ont à leur tour donné (pour celles qui ont eu un second pour lequel tout s’est bien déroulé).

J’ai eu MiniCaptain

Et personne à la maternité ne m’en a parlé. Pas la SF. Pas le gynécologue. Pas le pédiatre. Personne. Personne ne m’a parlé du don de lait. Il n’y avait pas un flyer, pas une affiche, rien.

Heureusement que je savais par moi-même et que j’étais déterminée à donner. J’ai contacté le lactarium à l’époque où j’ai commencé à tirer mon lait en vue de la reprise du travail. 

Contacts froids

J’ai été vraiment surprise par le contact froid de la collectrice de mon secteur. J’ai vite compris que son boulot était fatigant car elle couvrait plusieurs département, faisait énormément de route, était très fatiguée. Je ne la blâme pas. Comme je l’ai dit, j’étais déterminée. 

J’ai donné pendant des mois. Des mois au cours desquels j’ai eu droit à des petits réflexions dites avec le sourire mais à l’implicite lourd “Faut vous reposer et prendre soin de vous, vous produirez plus” ; “Oui, je reviens de chez une autre donneuse, quel bonheur! Elle nous a donné (quantité triple de ma quantité) comme à chaque fois, vous vous rendez compte?” #BonjourPression J’ai même eu droit, une seule fois, mais une fois qui m’a marquée, a “C’est tout ? Bon vous en faites pas, ça reviendra!”

Et avoir à faire pendant des mois à ces petites réflexions faites l’air de rien, ça pèse sur le moral. Je ne m’en rendais pas compte sur le moment, je pensais aux enfants de mes copines que le don de lait à aider dans leur début de vie difficile. Mais, insidieusement, je commençais à avoir une pression de la production pour fournir assez pour le lactarium. En parallèle de tirer pour mon fils chez la nounou bien sûr… 

Pression parmi les pressions

Comme je l’ai dit dans mes précédents articles, ici et ici, mon contexte de vie autour de l’allaitement n’était pas au beau fixe. Et cette pression insidieuse de produire de manière satisfaisante n’a fait que rajouter au reste.

Avec beaucoup de culpabilité, j’ai pris la décision d’arrêter. Je ne réalisais plus ce que représentait ces mois de don. Je ne pensais plus aux enfants de mes copines nés préma. Je n’avais plus la perspective satisfaisante de donner. Je n’avais que la fatigue et l’impression de ne jamais donner suffisamment. J’ai pleuré le jour où j’ai pris la décision d’arrêter.

Et j’ai pris du recul

Une fois l’époque du don de lait derrière mois, j’ai pris le temps de parler de tout ça.

Déjà je me suis rendue compte que certains lactarium ne prennent plus le lait à partir d’un certain âge du bébé. Ca m’a réconforté sur le fait d’avoir pu donner plus longtemps que je n’aurais pu le faire ailleurs.

Et puis une troisième copine a eu un petit préma, ce qui m’a rappelé l’importance de ce à quoi j’avais contribué. J’en ai longuement parlé avec elle, sans tabou, car elle voulait savoir comment ça se passait côté donneuses. Elle voulait comprendre ce qui pouvait motiver les donneuses, si c’était facile ou compliqué pour elles, ce qu’elles ressentaient, ce qu’elles avaient comme relation avec le lactarium. C’était une conversation très cathartique, pour elle comme pour moi.

J’ai réalisé que malgré la pression, j’avais persisté. Longtemps. Malgré mon contexte loin d’être idéal, j’avais tenu des mois pour continuer de donner, ne pas laisser tomber. J’ai laissé de côté le mauvais, pour ne garder que le bon.

Est-ce que je vais à nouveau donner ? 

Oui.

Bien évidemment.

La question ne se pose même pas pour moi!

Je suis plus forte de cette expérience. Je vais donner. Ce que je peux. Sans pression. En testant plusieurs tire-laits, en demandant autant d’ordonnances que nécessaires pour essayer les tire-laits jusqu’à trouver celui qui me convient le mieux. 

Je vais donner moins longtemps. Le lactarium de mon secteur n’a pas de date limite pour donner. Mais moi je vais m’en mettre une. Pour avoir un objectif à tenir. Une ligne d’arrivée à franchir qui donnera la saveur de l’accomplissement et me prémunira d’ancrer en moi les mauvaises expériences.

Je vais baliser les échanges avec la collectrice. Je ne veux pas savoir si la donneuse d’avant a fourni plus ou moins que moi, ni si la donneuse d’après fournit toujours plus. Je me fixe comme objectif de rester centrée sur ce que je donne moi, sur ma petite pierre à l’édifice, pour éviter la pression de la comparaison.

Et ma cerise sur ce gâteau : je vais pouvoir transmettre la valeur du don à MiniCaptain. Du moins renforcer cette valeur. On trie déjà ses jouets avec lui pour les donner avant la période de Noël. On a beaucoup trier nos vêtements pour en faire don également. Quand nous avons enfin eu notre maison, nous avons fait plusieurs voyages à Emmaus après avoir fait le tri de ce que nous pouvions garder ou non. Bref, le don est déjà quelque chose de présent dans nos vies. Et donner mon lait en sera encore un autre exemple, que je suis ravie de pouvoir lui montrer.

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