J’ai été violée


Billets d'humeur / Sunday, December 22nd, 2019

Version audio disponible ici. (j’ai cru que je n’y arriverais pas, mais je l’ai fait. Désolée pour ma voix)

EDIT : si tu veux témoigner anonymement il y a le compte Instagram @j_ai_ete

A l’heure où des hommes se permettent de faire un buzz vidéo en affirmant impunément qu’ils ont violé, je pose ces mots.

Si tu me suis depuis le début, si tu me lis depuis longtemps, tu l’auras déjà compris. Je l’ai évoqué pudiquement, parce que je ne voulais pas y accorder plus d’importance que ça sur ce blog. Et pourtant j’y parle de ma sexualité. Et ma sexualité a été grandement impactée. Alors il est temps que j’en parle.

J’ai subi des attouchements enfants. Je sais pas très bien pourquoi je dis attouchements quand il s’agit d’un viol. Mais comme c’est un viol sans pénétration, il faut trouver un autre mot. J’imagine. J’étais gamine et on me forçait à masturber jusqu’à éjaculation, faisant passer ça pour un jeu pour m’y forcer ; on me touchait même si je ne voulais pas, faisant passer ça pour des marques d’affection pendant que j’étais sidérée ; on profitait que je n’étais qu’une enfant. Je dis “on” parce que ma mémoire refuse de débloquer l’information de qui. Mémoire traumatique, bonjour.J’ai été violée étudiante. Par mon copain de l’époque, l’ex pervers. C’était la première personne à qui je racontais ce que j’avais subi gamine. Manque de bol, c’était un pervers manipulateur. En plus de m’isoler socialement de ma famille et mes amis, insidieusement of course, il a joué de ce savoir pour me manipuler, me contrôler, me violer. Dans la zone gris du consentement qui survient lorsqu’on est en couple. Celle dont Démos Kratos s’empare pour faire sa vidéo clickbait. Cette zone grise de “l’appétit vient en mangeant”. Mais pas que. Je me réveillais la nuit avec lui sur moi. Lui dans moi. Je n’avais pas envie. Je n’avais pas consenti. Et quand je lui disais, il se servait de mon enfance pour detruire mon référentiel de valeurs. “Tu sais c’est normal ce qu’il se passe, c’est ta réaction qui est problématique. Mais je comprends, avec ce que tu as vécu, c’est compliqué pour toi d’assumer tes envies. Je te pardonne.” Il avait même fini par me convaincre que je faisais de la “sexsomnie” (que je lui sautais dessus en état de somnambulisme). Ma première sodomie fut un viol pendant mon sommeil. Les suivantes furent toutes des viols. Et au delà des viols, il m’a coupée de mes amies de toujours, de ma famille qui jusqu’à récemment m’en veut des comportements que j’ai pu avoir alors qu’il me détruisait à petit feu et me violait régulièrement… Il a fallu que ma mère me pousse dans les retranchements quand aux blessures que les agissements avaient créé à cette époque pour que j’explose et lui dise ce qui m’étais réellement arrivée à cette époque là. Je n’ai pas mangé pendant deux jours après lui avoir dit. J’ai tremblé toute la nuit. Car à cette époque, elle a failli mourir et je ne voulais pas qu’elle culpabilise de n’avoir pas vu, pas su, pas pu être là pour me sauver de ce prédateur. Raté. On a pleuré toutes les deux.

Et puis, j’ai appris que ma soeur avait été violée. Au collège. A 13 ans. Dans les WC de l’établissement.

Et puis, ma mère. Par son frère.

Et puis ma tante. Par un pote en soirée.

Et puis ma grand-mère. Par son père.

Et puis mon autre grand-mère. Par “les bosch”.

Et puis mon amie de lycée. Par son premier crush.

Et puis cette fille avec laquelle on se détestait. Par son oncle.

Et puis un autre amie de lycée. Par le mec d’une amie.

Et puis ma meilleure amie de lycée. Par son copain qui a essayé de me violer.

Et puis une autre copine. Par son frère.

Et puis encore une autre copine, par le copain de sa mère.

Et puis ma cousine.

Et puis une voisine.

Et puis tant d’autre copines.

Et puis…

J’en suis venue à me demander si toutes les femmes avaient été violées.

Et puis ce YouTuber arrive. Parle de la zone grise du consentement dans un couple en mode “non mais c’est pas vraiment un viol en fait mais j’ai été un connard égoïste et j’aurais pu devenir un violeur si j’avais pas eu une énorme prise de conscience grâce au combat des femmes victimes de connards comme moi”. Et j’ai vomi. C’était trop. Triggered à mort, j’ai voulu tout remettre sous le tapis. Mais trop tard. Impossible.

J’aurais été célibataire, je me serais foutue en l’air. Clairement.
J’aurais été sans enfants, j’aurais probablement passé mes journées et mes nuits au cinéma à chialer cathartiquement devant Star Wars dans les bras de mon homme. Ou je nous aurais booké un week end à Londres surprise en dépit des grèves : au mieux je serais partie loin de mes démons, au pire on aurait râlé contre la réforme en attendant d’espérer rejoindre la fière Albion et en soutenant la grève. Ou on serait parti en randonnée en montagne pour finir par se demander ce qu’on fout dans le froid à s’épuiser comme deux idiots. C’est toujours mieux que vomir en repensant à tout ça.

Mais voilà j’ai deux enfants. Deux fils. Deux violeurs potentiels grâce à cette société merveilleuse. Deux fils dont l’un est malade depuis 3 jours et l’autre passe son pic de croissance suspendu au sein nourricier qu’il bafouera peut être un jour malgré l’éducation que j’essaie de lui donner. Donc j’ai pas pu. J’ai pas pu remettre tout ça sous le tapis. J’ai vomi avec mon bébé qui pleurait en fond dans son parc. Parce que j’ai fait la connerie de regarder cette vidéo pour voir ce que les féministes invitées avaient à dire (et ce qu’elles ont à dire est pertinent mais totalement écarté par les réactions car les hommes en commentaire se félicitent entre eux d’avoir le courage d’avouer qu’ils ont violé ou crachent sur le féminisme et les femmes sans modération. Je reviens. Je vais vomir. Encore)

Et toutes ces disputes avec mon homme où il finissait par me dire “Mais je ne suis pas l’ennemi, Mad, parle moi!”. Tu n’es pas l’ennemi Chéri, mais tous les ennemis sont comme toi, alors parfois c’est dur. Tous les hommes ne sont pas des violeurs mais tous les violeurs sont des hommes…

Voilà. Pardon pour cet article bordéloque, cathartique, mais il fallait que ça sorte. Que ce soit dit. Que ça soit posé là. Je reprends le programme de publication habituel et bientôt je posterai mon article sexo, comme prévu. Parce que je ne peux pas rester bloquée sur ces traumas, sinon je meurs. Parce que je ne veux pas donner à l’ex pervers la satisfaction de m’empêcher de vivre ma vie.

Et à toi qui me lit, qui ne sait, qui ne peut parler, je veux te dire ceci :

Je te vois.

Je t’entends.

Je te crois.

C’est de sa faute, pas de la tienne.

Et sache que ton silence est legitime. Tu as le droit de ne pas pouvoir, de ne pas vouloir parler. Et c’est okay. Laisse nous, celles qui parvenons à nous exprimer pour témoigner, laisse nous porter ta voix et reconstruis toi.

14 Replies to “J’ai été violée”

  1. J’ai été violée il y a 14 ans par un nageur de mon club de natation, en pleine compétition, dans les vestiaires…
    Ma grande soeur a été violée il y a 18 ans apr le fils d’amis de la famille lors de la fête d’anniversaire de mon père…

    J’ai un fils de 7 mois et en lisant ton article j’ai peur qu’il devienne comme ces types…

    1. Je comprends et partage ta peur. Mais si tous les violeurs sont des hommes, tous les hommes ne sont pas des violeurs. La génération de nos fils est la génération élevée après #metoo , je suis convaincue que ça réduit grandement les risques qu’ils deviennent des agresseurs 🙏

  2. J’ai été violée à l’âge de 5 ans par un ami de mes parents. J’ai été violée (attouchée) à 10 ans par mon grand-père paternel pendant 3 ans durant. J’ai été violée (attouchée) à 14 ans par mon ex beau-père, qui plus est nous battait. J’ai été violée (attouchée et harcelée) à 21 ans par mon manager au travail..
    J’ai dernièrement été hospitalisée pour ce qui semble être des crises d’épilepsie, j’attend confirmation avec les examens et si ça ressort négatif, on me parle aussi que mon corps réagit peut-être à des traumatismes.. Je me sens honteuse, humiliée, salie, limite folle et bonne à interner comme si ça ne devait pas arriver de faire ce genre de crises à cause de traumatismes.. et cette phrase qui raisonne dans ma tête “vous êtes peut-être un genre de personne à attirer ce genre de problèmes” dixit l’avocat du violeur, ça m’est arrivé plusieurs fois alors c’est moi le problème. Je te laisse je vais vomir.

  3. J’ai été violée/attouchée (je ne sais pas trop) par un ami du collège, pendant une soirée du jour de l’an à l’âge de 15 ans. J’avais un peu bu et j’étais partie me coucher dans mon sac de couchage. Je me rappelle m’être réveillée et sentir un mec en train d’enfoncer son pénis dans mon vagin à travers ma culotte, par derrière. Il ne m’a pas pénétrée à proprement parler car j’avais encore ma culotte… J’étais réveillée mais sidérée, je n’ai rien su dire, n’ai jamais su comment réagir… alors j’ai attendu que ça se termine. J’ai fais la morte. Je m’en veux de l’avoir laissé faire… Puis encore une fois à l’âge de 22 ans, encore une fois à une soirée, mon anniversaire cette fois. Je pars avec mes amis dans un bar, on consomme quelques verres puis on repart chacun chez soi, moi avec mon pote avec qui j’avais une relation platonique, son appartement était à côté. Un garçon qu’on a croisé au bar rentre avec nous, je le connaissais de vue, c’était un mec de mon club de volley. Je pars me coucher, il est tard. Je suis soûle. Je ne me déshabille même pas, je m’écroule sous les draps. Et puis je me réveille, le mec du volley était en train de me doigter sauvagement, il avait enlevé mes collants, était lui aussi à poil derrière moi. Cette fois, je me suis levée, j’ai crié, je suis partie. J’ai rejoint mon ami qui était dans la chambre d’à coté et je lui ai tout de suite expliqué ce que je venais de vivre. Il a simplement dit: oh je suis désolée, je pensais qu’il y avait un truc entre vous! Et c’est tout… voilà le monde dans lequel on vit… j’ai un fils de 18 mois et je ne macherai pas mes mots avec lui. Il saura tout du consentement, du respect des femmes et de leur choix de vouloir ou non avoir une expérience sexuelle avec lui. Mais j’ai les boules… merci pour cet article. Je ne l’ai jamais dit comme ça car j’avais honte, je me sentais sale mais plus maintenant. Alors je le dis haut et fort. J’ai été violée moi aussi.

  4. Tous les actes de viol ne sont pas commis par des hommes. Autant je conçois le traumatisme (je suis aussi un survivant, ça arrive aux hommes aussi) autant je suis choqué par la rupture que tu crées et défend en appuyant sur la « sororité » et en parlant de tes fils comme des violeurs potentiels… Toi qui est pourtant (pour autant de ce que je crois savoir de toi) pro LGBT et égalité des genres, je trouve gênant que tu délivres ce message où basiquement tu défends que « tous les violeurs sont des hommes » … Je te présente mes excuses, je ne cherche pas à être vulgaire à ton encontre mais … Fucking bullshit !! J’ai été pris d’une sombre rage en lisant ça dans ton article. Luttons contre TOUS les prédateurs, peu importe ce qu’il y a entre leurs jambes. J’ai connu un homme, battu, violé de manière répétitive et régulière par son épouse, et que s’est il passé quand il a essayé de porter plainte ? Personne ne l’a cru. Aujourd’hui cet homme s’est suicidé. Ça m’a marqué fortement, et pas seulement parce que je suis concerné…Alors s’il te plaît stop. Oui, nous vivons dans une société patriarcale de merde, oui y’a des bâtards qui se croient tout permis et vont trop loin, et oui … parce que tout autour d’eux on leur rabat les oreilles qu’etre un connard phallocrate, ben c’est être un homme. C’est L’INDICE de normalité ! Tu élèves tes enfants dans le respect de l’autre sexe, bien joué … Tu leurs apprend qu’on peut être différent de l’indice de normalité ? Être différent de l’image de l’Homme défendue par notre société ?
    Alors, s’il te plaît, parle aussi aux hommes. Parce que détruire et survivre c’est pas une question de sexe.

    1. J’ai approuvé ton commentaire et je le laisse là pour ne pas invisibiliser ta parole mais je n’aime pas du tout me sentir agressée sur mon blog alors même que j’ai livré mon histoire douloureusement.
      94% (ou bien est ce 96%, je ne sais plus) des viols sont commis par des hommes. Alors oui, les femmes qui violent existent. Les hommes violés par des femmes existent aussi. Et ça les féministes dont je fais partie LE SAVENT BIEN. Mais l’écrasante majorité des prédateurs sont des hommes. Et cet article est ma réponse à la vidéo de Démos Kratos qui est un HOMME violeur de FEMME.
      Si tu veux donner de la visibilite aux hommes victimes de maltraitance et de viol, fais le. Mais ne viens pas taper sur les femmes qui parlent et liberent la parole. Ne viens pas t’en prendre à celles sans qui tu n’oserais peut être meme pas raconter ton histoire et l’histoire de cet homme. Tu t’en prends à la mauvaise personne et je suis désolée que mon article ait redéclenché des traumas mais tu n’as pas le droit de faire peser sur moi l’invisibilisation de ton combat. Je n’ai pas fait un article sociologique sur le viol. J’ai fait un article de blog sur les viols dont j’ai été victime.
      Monte une association pour les hommes battus et violés, ouvre un blog, contacte la presse, milite. Mais ne t’en prends pas à une autre victime s’il te plaît.

  5. Bravo pour votre texte et votre courage d’en parler. Trop souvent quand on est victime on a un sentiment de honte, de culpabilité qui fait qu’on en parle pas et qu’on traîne ce “problème” pendant trop longtemps. On apprend juste à vivre avec. C’est avec des témoignages comme le votre que nous victimes trouveront de la force pour en parler et que la honte change de camp.

  6. Bonjour ,je ne connaissait pas du tout ton blog mais je suis tomber sur un de tes tweet et ducoup je suis venue lire ton articles et je te trouve très courageuse de nous raconter tout ca, essaye de faire abstractions des mauvais commentaires même si c’est pas facile car je suis sure que ton articles a pu aider plein de gens . Je t’envoie tout mon soutient.
    Amour & sororité.
    Bis

    1. Merci 🙏🙏🙏
      Effectivement, j’ai reçu plein de témoignages, notamment sur Instagram, de personnes que ça a aidé et qui m’ont confié leur histoire alors qu’elles n’avaient jamais réussi auparavant.

  7. Oh 😥 je ne connaissais pas ton blog j y suis tombée par hasard … mais alors quel grand bien m a fait ton article car oui moi aussi j ai été violée. Une fois l info révélée au grand jour on se rend compte qu on est malheureusement pas seules et c est vraiment triste… plein de courage ! J ai un fils de bientôt 7 ans et j essaye au maximum de lui apprendre le respect que ce soit envers la femme ou l homme, la tolérance culturelle ou religieuse… c est un combat de chaque instant. Bravo pour ce bel article

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