J’ai cru que je sombrais à nouveau


Billets d'humeur / Thursday, November 28th, 2019

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Récemment, j’ai cru, vraiment cru, que je sombrais à nouveau en dépression post partum.

“C’est de ma faute”

J’ai commencé à culpabiliser. Je m’en suis voulue d’en avoir parlé sur le blog, persuadée qu’à avoir ressassé le passé, je l’avais ramener à la vie. Je me suis flagellée d’avoir si peu de volonté et d’énergie pour me laisser ainsi envahir. J’ai commencé une lente spirale de “je suis nulle”, “je devrais fermer mon blog”, “vue ce que je traverse, j’ai aucune légitimité à partager avec d’autres ce que j’ai vécu”, “j’arriverais jamais à m’en sortir”, “si maternité équivaut à dépression chez moi, plus jamais je ferai d’enfants”, “je vais passer ma vie sous antidépresseurs, mes enfants me détesteront et mon mari me quittera parce que je n’arriverai jamais à être heureuse sans anti D”. Bref. Le joli cercle vicieux parce que j’ai beau essayé de me déconstruire, on va pas se mentir, j’ai encore des réflexes oppressifs bien ancrés (femme>mère>coupable).

Et l’entourage qui n’aide pas

C’est quelque chose qui me semble légitime de partager avec des proches. Je partage indifféremment le bon comme le mauvais. J’ai fait part de ce gros passage à vide et j’ai donc eu droit à des jolies phrases qui auraient leur place chez Garde Tes Conseils.

Entre celleux qui te disent que t’as pas réglé tes soucis la dernière fois et qu’il faut que t’ailles voir unE psy, celleux qui avancent que le problème c’est pas toi mais ta dynamique familiale et qu’il faut faire une thérapie familiale, celleux qui te conseillent de faire appel à des solutions alternatives (non, vraiment, mettre des cailloux dans de l’eau déminéralisée au clair de lune pour les disposer ensuite chez moi, ça fait rien du tout, que dalle! (et oui, m’a sorti ça à moi qui suis déjà si lasse que maternité rime avec superstitions en tous genres et grigris maraboutés de mes ovaires)), et celleux qui te conseillent un break avec ton mari parce que, quand même, tu portes beaucoup de charge émotionnelle et c’est pas normal, on ne peut pas dire que j’ai été aidée…

SAUF par ma mère. 😳 Oui, même de l’écrire ça me fait bizarre. Ma mère n’est pas la personne la plus rationnelle que je connaisse : elle croit en l’homéopathie, reste persuadée que ma nièce est dans le spectre autistique à cause d’une vaccination et m’a amenée chez un magnétiseur à 12 ans quand je faisais une infection vaginale à streptocoque. Bref. Tu vois, ma mère, de base, je l’appelle parce que ça lui fait du bien, mais j’ai plutôt tendance à lui parler peu de mes problèmes. Et pourtant là, je peux le dire, elle m’a vraiment sauvée.

La seule chose dont j’avais vraiment besoin

C’était d’aller voir mon médecin. Malgré mon féminisme, j’ai vraiment très bien intériorisée que si je souffre de quelque chose, c’est forcément psychologique et/ou forcément de ma faute. Je pense toujours que ma tête influence mon corps. Je ne pense jamais que mon corps peut impacter ma tête. Et pourtant. En parlant avec ma mère de ce que je pensais être une nouvelle dépression post-partum, en lui pleurant au téléphone que je ne comprenais pas ce qui m’arrivait parce que, quand même, j’ai vraiment tout pour être heureuse et je rationalise TOUT, ma mère m’a posé des questions sur ma santé.

Oui, c’est vrai, j’ai souvent des migraines. Oui, j’avoue que je n’ai plus jamais froid ; j’ai même très souvent chaud. Oui, j’ai honte de l’admettre, mais je pars vraiment au quart de tour sans même comprendre pourquoi. Oui, je mange beaucoup beaucoup beaucoup trop sans jamais prendre un gramme depuis la naissance de BébéSourire. Oui, je suis énormément fatiguée. Vraiment. Je peux m’endormir pendant que mon bébé pleure, c’est problématique. Oui, parfois j’y vois trouble malgré les lunettes. Oui,… .

Mais tout ça, tu vois je l’avais donc mis sur le compte de la “normalité” dans le sens : j’ai déjà fait une dépression post partum, je suis mère de deux enfants, et puis bon, les hormones quoi. Sauf que ma mère a insisté, vraiment, comme seule une mère sait le faire, pour que j’en parle à mes médecins. Donc je prends rdv, je parle de tout, même de l’impression de sombrer dans une nouvelle DPP. Ma médecin tique. Me dit qu’on va faire un bilan sanguin quand même.

Le soir même de la prise de sang, son confrère m’appelle (ils partagent le même cabinet et nous suivent tous les deux) et un début de diagnostic tombe. Je dois faire des prises de sang complémentaires et surveiller l’évolution pour le moment.

Arrêtons d’entretenir la culpabilité parentale

J’aurais envie d’ajouter “MERDE !”

T’en chies avec ton enfant ? Avec tes enfants ? Alors déjà, c’est NORMAL.
N O R M A L
Nous vivons dans une société où il faut travailler comme si on n’avait pas d’enfants, et s’occuper des enfants comme si on n’avait pas de travail. Quoiqu’on fasse, on perd. C’est pas en changeant de regard et en te torturant le cerveau parce que t’es pas 100% dispo pour les minis humains que tu as mis au monde que les choses changeront. Sans véritable volonté politique de mettre les adultes de demain au coeur de la société d’aujourd’hui, RIEN ne suffira pour accompagner tes enfants car il faut un village pour élever un enfant. Toi seulE tu ne suffis pas.

T’es fatigué.e ? Démoralisé.e ? Abattu.e ? Déprimé.e ? On va commencer par quelque chose de très simple aussi : TU AS LE DROIT (MERDE) ! En revanche, si ça te parait trop pesant, trop présent, parfois insurmontable, ou anormal : va voir ton médecin. Alors oui, je sais, la mode est plus tôt à la méfiance envers le corps médical. CertainEs préféreront aller claquer 60€ dans une fakemed plutôt que d’aller faire une bête prise de sang et prendre de l’aspirine. C’est fou, mais c’est le monde d’aujourd’hui. Mais toi qui lis ces lignes, apprends de mes erreurs.

Apprenons des erreurs les unes des autres ^^’ Je mettais tout sur le compte de l’allaitement, de la fluctuation hormonale, bref, du post partum (parce que, voilà, c’est encore ancré en moi que la femme est un être fragile soumis à ses humeurs (alors que pas plus que les mecs au final hein)), on me confortait là dedans (“C’est normal, tu as un bébé, c’est compliqué, ça ira mieux quand tu ne l’allaiteras plus”), et au final, c’est un pétain de problème de santé !

Bref. Respire. Et vas faire un check up si ça ne va pas. Ne serait-ce que de parler, parfois, ça suffit. Et n’écoute pas celleux (et je compte ta propre petite voix intérieure) qui te disent que la solution est en toi, parce que c’est pas toujours le cas.

5 Replies to “J’ai cru que je sombrais à nouveau”

  1. J’espère que ce n’est pas trop grave et qu’on t’a prescrit un truc qui te remettra d’attaque (et du repos, tout ça, lolilol) ! Et aussi que cette pause t’a fait du bien.
    J’ai juste une micro-remarque sur les AD… J’en prends depuis maintenant 5 ou 6 ans (principalement pour des TOCs) et il est possible que je doive en prendre à vie (pas certains, mais pour l’instant on ne sait pas ce que la médecine du future nous réserve) donc en soi, ce n’est pas un “mal” d’avoir besoin d’anti D, même… si c’est sur du long, très long terme (dans des cas particuliers, s’entend). Et surtout, ça ne change pas qui on est et on a le droit d’être aimé.e avec/malgré ça. 😉

    (Je le précise car moi j’ai bien accepté l’idée mais j’ai des personnes autour de moi qui voient vraiment ça en mode “c’est la catastrophe si je dois en prendre toute ma vie” donc j’essaie de relativiser.)

    Bon courage en tout cas :*

  2. Désolée, j’espère que ce n’est pas trop abrupt comme remarque, je m’aperçois que mon commentaire de commentaire est plus long que ce que je voulais vraiment écrire : à savoir que je te souhaite de te sentir mieux, et que tes articles sont d’utilité publique ! 😉

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