De la légitimité d’être maman


Parentalité / Tuesday, July 24th, 2018

Aujourd’hui un article-fleuve peut qui manque de structure sur les épreuves qui ont mené à ce que je me sente légitimement mère, et même bonne mère. Parce qu’il est temps, maintenant que toutes ses blessures sont guéries, de clore ce chapitre de ma vie pour de bon.

 

Pour te placer un peu les choses dans le contexte : mon but dans la vie a toujours été de construire quelque chose de très stable, très tôt, pour pouvoir ensuite profiter de ma vie comme je l’entendais, sans plus de contraintes. Dans cette optique de m’installer d’abord pour profiter ensuite, j’ai toujours suivi mon chemin de carrière depuis ma 3ème, j’ai ouvert un PEL à 18 ans pour le jour où je ferais construire, et je n’ai toujours cherché que des histoires sérieuses et durables, la gauguette ne m’intéressant guère #BonjourJai60Ans #MaisSurtout32

Quand j’ai rencontré le Captain, j’ai su instantannément que c’était lui. Ca a mis un an à se faire, mais on a fini par se (re)trouver et construire notre vie ensemble. Rapidement. Sans attendre. Nous avions déjà “perdu” un an (même si non, cette année n’était pas perdue puisque nous avions pu encore grandir pour mieux nous trouver ensuite), donc nous ne voulions plus perdre de temps. Depuis que nous nous sommes (re)trouvés en 2010, les choses se sont enchainées à peu près ainsi :
2010 fiançailles
2011 PACS
2012 Mariage
2013 Voyage à l’autre bout du monde
2014 MiniCaptain et appartement
Après, on a ralenti un peu le rythme ^^’

Comme tu le sais, MiniCaptain est arrivé après une fausse couche vécue dans la joie, car signe que j’étais fertile! Je voulais être maman. Le Captain voulait être papa. C’était une certitude viscérale que nous serions parents. Et puis je suis tombée enceinte pour de vrai, dans un contexte professionnel catastrophique, et mon Captain n’était pas si prêt que ça… Au milieu de cette déferlante d’émotions contradictoires et de brutaux retours à la réalité les rares fois où je me prenais à rêver un peu l’avenir, j’ai du me construire en tant que maman, et ça m’aura pris 4 ans.

 

La mère que je ne voulais pas être

Ou la culpabilité permanente après ma découverte de la parentalité positive

Durant ma grossesse, j’avais une certitude : je ne ferai pas comme mes parents. Pour te dresser un tableau simple : père violent, mère toxique #EnfanceDeRêve Très logiquement, je ne voulais pas faire comme eux. Mais comment faire alors ? C’est à ce moment là que j’ai découvert la parentalité bienveillante (ou positive, ou encore non violente, les appellations varient) ainsi que les VEO (violences éducatives ordinaires). Ca correspondait à 100% à l’axe que je voulais prendre avec Mini Captain : pas de violences physiques, pas de violences morales, un cadre ferme établi dans la compréhension de l’enfant et dans l’amour indéfectible parental.

Seulement entre ce qu’on voudrait prendre comme direction, et ce qu’on est capable de prendre comme direction, il y a un monde! Entre l’entourage qui jugeait cette approche bienveillante, les peurs du Captain qui débordaient, ma reprise contrainte et forcée du boulot là où je voulais prendre un congé parental… Je suis bien honteuse d’avouer que Mini Captain a pris des fessées et que j’ai souvent fini en pleurs de ne pas arriver à tenir le cap que je m’étais fixée. Ne trouvant que jugements aussi bien dans notre entourage que sur les groupes d’aide à la parentalité, je suis rentrée dans une espèce de spirale infernale où je contrebalançais chaque épisode de dépassement par du laxisme, plus que de la réelle bienveillance. #CulpabilitéMonAmour

Jusqu’à ce que, récemment, la psychologue scolaire intervienne pour un soucis à l’école et me remette en toute bienveillance sur le bon chemin avec une métaphore tellement appropriée au sujet du cadre qu’il fallait à MiniCaptain :

Certains nouveaux-nés se sentiront en sécurité en turbulette. D’autres auront besoin d’être emmaillotés pour se sentir en parfaite sécurité.

Tu le devines, MiniCaptain fait partie de la #TeamEmmailloté ! Cette petite comparaison bien trouvée m’a vraiment aidé à placer le curseur au juste milieu pour mon fils. J’ai fait le deuil de la parentalité positive et bienveillante qui se passerait uniquement dans le dialogue dont je rêvais, j’ai jeté aux oubliettes ma culpabilité maternelle de ne jamais assez bien faire,  et j’ai appris à composer avec les besoins affectifs de mon fils. Et d’ailleurs, depuis que j’ai lâché mes rêves et largué ma culpabilité pour m’adapter à sa réalité, à ses besoins, la bienveillance est revenue naturellement au galop au fur et à mesure que mon fils s’est apaisé, rassuré par la fermeté qu’il cherchait depuis tant de temps.

 

Mon corps

Avant d’être maman, j’étais déjà féministe. En tombant enceinte, je me suis sincèrement posé la question de l’image de la femme que j’allais représenter pour mon fils au début de sa vie. Je ne voulais certainement pas qu’il me voit détester mon corps parce que trop grande, trop maigre, trop pâle, trop plate, trop poilue… Portée par le mouvement body positive et mon féminisme grandissant, j’ai donc tout cessé : maquillage, épilation, soutiens-gorge… Et je me suis mise à aimer mon corps. Pleinement.

En même temps, comment ne pas aimer ce corps qui portait la vie alors qu’on m’avait annoncé qu’il ne pourrait pas et consacrait à mes yeux tout l’Amour que le Captain et moi nous portons ? Les kilos de grossesse m’ont donné les rondeurs après lesquelles j’ai couru toute ma vie, les montées de lait m’ont fait grandement apprécier ma petite poitrine, et j’ai gagné un temps de dingue en laissant mes poils tranquille! Il y a eu des phases rigolotes où MiniCaptain en grandissant caressait parfois mes aisselles en tétant ou me regardait étonné les rares fois où je mettais du rouge à lèvres.

Aimer mon corps, en prendre pleinement possession, m’affranchir des diktats de la société et du regard des autres, m’a fait un bien de fou! Je me sentais (et me sens toujours) fier de l’image de la femme avec laquelle mon petit se construit à travers moi. Evidemment, il sera bien libre d’aimer les femmes glabres, qui se maquillent et ont des complexes plus tard. S’il aime les femmes 🙂

Cette acceptation de mon corps, l’allaitement long, et l’image des femmes avec laquelle se construit MiniCaptain a fait partie des choses qui m’ont donné confiance en moi en tant que maman, je dois bien l’avouer.

 

Mon couple

Je crois que c’est ce qui a le plus nuit à ma maternité, paradoxalement.

Il faut savoir que quand on a lancé MiniCaptain, on s’est également lancé dans l’achat d’un appartement. Parallèlement à ma situation professionnelle qui était catastrophique. Ce stress pro a provoqué des contractions chez moi dés le 4ème mois de grossesse. Et le stress perso était porté haut et fort par le Captain qui n’arrivait pas à gérer ses anxiétés matérielles. Donc en dépit de mon arrêt pathologique tôt dans la grossesse, j’ai vraiment l’impression de ne pas avoir profité de cette grossesse.

Rajoutez à ça ma belle-mère qui était impliquée dans notre aventure immobilière comme s’il s’agissait de son projet, qui m’a agressée (verbalement, certes, mais agression quand même) quand j’étais enceinte de 6 mois et demi de grossesse et le Captain qui a l’époque n’avait pas encore coupé le cordon, je me suis retrouvée en larmes, épuisée, démoralisée, détruite, après cette agression, assise dans ma voiture, à déclarer au Captain que je ne voulais pas voir notre fils le jour de l’accouchement, que je leur laisserais et que je partirais refaire ma vie ailleurs puisqu’elle savait mieux que moi ce qu’il fallait pour cet enfant (oui, l’agression fut violente)et que lui n’avait rien dit pour me défendre (tu te rappelles ? il n’avait pas encore coupé le cordon…)

Et pour finir le Captain a passé son congé paternité à finir les travaux de l’appartement et à gérer le déménagement donc tu imagines bien ma solitude de nouvelle maman…

Autant te dire qu’en rentrant de la maternité, j’ai appelé ma sage femme en pleurs pour lui demander si je pouvais retourner à l’hopital et y rester…. #DépressionPostPartum

 

Mini Captain

A la première échographie, la clarté nucale (qui peut être signe de trisomie, de malformation cardiaque comme de rien du tout) n’était pas dans les normes. Le Captain et moi avions pris la décision de ne pas le garder si l’un des deux scénarios se présentaient. Heureusement il n’en fut rien. Mais pendant les pires dix jours de ma vie, j’ai été prête à interrompre la grossesse. C’est cette période qu’a choisi ma belle-mère (encore et toujours cette charmante personnes) pour nous sauter à la gorge parce que nous avions osé leur donner des nouvelles du bébé après la première écho. Et de nous dire que nous étions égoistes de lui faire revivre ça. Revivre quoi ? Ces 5 fausses couches pour cause de trisomie 13 et 18 avant d’arriver à avoir le Captain.

Tu ne rêves pas. Elle venait de dire à son fils et sa belle-fille dans l’attente des résultats pour leur bébé, qu’elle avait vécu 5 fausses couches lourdes. #PerfectTiming A se demande qui était vraiment l’égoïste dans cette histoire… Cette nouvelle m’a bien sûr lourdement affectée dans l’attente des résultats.

Enchaine avec ça l’agression de ma belle-mère 3 mois plus tard qui m’a vidée de toute confiance en moi, et saupoudre par un retour au travail contrainte et forcée par les peurs matérielles du Captain et la pression de l’entourage proche, sans oublier les problèmes avec la crèche dont j’ai passé des mois à essayer de parler sans que personne ne me prenne au sérieux… et tu obtiens le parfait cocktail pour te sentir tout sauf légitime dans ton rôle de mère.

 

Un beau merdier !

Tu l’auras compris, avec tout ça, je ne me suis pas sentie maman avant trèèèèès longtemps! Et pourtant, paradoxalement, j’ai embrassé rapidement ce rôle de maman, instinctivement, de manière presque animale : j’ai allaité trois ans, j’ai fait du cododo, j’ai materné à fond, et j’ai aimé mon fils dés le premier instant (ce qui n’est pas automatique!).

Ce n’est que maintenant que je me sens enfin légitimement maman!

Grâce au travail que j’ai fait sur moi-même
Grâce à notre thérapie de couple après le baby clash
Grâce au Captain qui a mûri et coupé le cordon avec sa mère
Grâce aux décisions de changer de vie
Grâce à l’année passée en stand by chez mon père entre deux logements
Grâce à cette première année scolaire de MiniCaptain
Grâce à l’incroyable intelligence émotionnelle de ce dernier
Grâce au cadre que nos avons mis en place
Grâce aux recadrages quand les anxiétés du Captain ressurgissent trop violemment
Grâce à la psy scolaire qui a su me/nous remettre sur le bon chemin

Bref, désormais je me sens légitime. Bien dans mes bottes de maman. Tellement bien dans mes bottes que je suis prête à remettre le couvert pour un.e deuxième 😉

 

 

2 Replies to “De la légitimité d’être maman”

  1. Bravo pour ce très bel article très perso et très touchant. Tu as beaucoup de courage d’amour et de force pour ton enfant ça se sent. Plus j’échange avec toi et ton mari, plus je me dis que vous devait être des parents formidables. Et bravo également pour l’image de la femme que tu donne à minicaptain d’entrée, je trouve ça vraiment super ! J’espère que cette nouvelle grossesse se passera dans l’amour et la joie, vous le méritez.

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