Comment les sextoys ont désacralisé le sexe


Sexualité / Tuesday, September 1st, 2020

Version audio – 6’31

J’ai été très longtemps réfractaire aux sextoys. Réfractaire à la masturbation tout court. Traumas, traumas, toujours trop là… Sans parler du poids du patriarcat sur la sexualité des femmes… Même dans le sexe à deux, j’étais réfractaire aux sextoys… Dans ce billet, je t’explique comment l’usage des sextoys m’a aidée à panser mes traumas (que je vais évoquer, protège toi et ne lis pas si nécessaire), à désacraliser le sexe en général et à re-sacraliser le sexe en amoureux.

Les sextoys pour guérir

Jusqu’à ce que j’arrive dans l’univers du sexblogging sexpositif et féministe, je n’aimais pas mon sexe. Dés un âge pré-pubère, j’avais intégré que mon sexe était moche et difforme.Et sale. Un jour, en pleine infection vaginale à streptocoque, j’ai été amenée chez un magnétiseur qui m’a violée pour me guérir pendant que sa femme et ma mère buvaient le café dans la pièce d’à côté. Quelques jours pour tard, évidemment, rdv en urgence avec un gyénco qui diagnostique l’infection, fait les prélèvement nécessaires pour confirmer son diagnostic et commente sur l’état avancé de l’infection et l’état dégradé de ma vulve sans aucun tact ni filtre, avec toute la froideur qu’on connait au corps médical. Une semaine, deux traumas, vingt ans de séquelles. Rajoute à ça, dans mon vécu de femme, 3 ans de relations pas toujours consenties avec un ex pervers et un premier accouchement très mal vécu et vous obtenez une combinaison parfaite pour une vie de complexes, de honte et de détestation de la sexualité et de mon corps.

Mais c’était sans compter sur le féminisme, d’une part, la découverte de l’univers sexblogging d’autre part, et, surtout, la convergence des deux.

J’ai commencé à m’intéresser aux sextoys grâce à la passion de mon homme pour le sujet. J’ai approché “la chose” avec des sextoys externes uniquement. Hors de question pour moi, pendant très longtemps, d’utiliser un sextoy pénétrant. En dehors de faire l’amour avec mon homme je ne pouvais pas envisage la pénétration masturbatoire (et encore, parce que j’ai mis du temps à déconstruire le schéma “rapport sexuel = pénétration”). Donc j’ai commencé par des toys à stimulation externe loins, très loins, de ressembler à des sextoys clairement identifiables comme tels. Il y a eu des bonnes surprises, des déceptions… #VisMaVieDeSexblogger

Au début, je testais uniquement avec mon homme, je n’y arrivais pas seule. Et puis, petit à petit, j’ai osé : essayer, explorer, jouir… me regarder. Oui oui. Me regarder la vulve. Me regarder jouir. Me regarder sous toutes les coutures. Je me suis ré-approprié mon sexe, mon corps, mon plaisir… Ces bouts de moi déchiquetés par des hommes, je les ai récupérés et réparés.

Désacraliser le sexe

Et au fur et à mesure que je me reconstruisais, je déconstruisais en parallèle tout un tas de choses sur la sexualité. Notamment point sacralisé dans nos sociétés : la pénétration. J’ai longtemps répété que si l’espèce humaine avait été faite d’anges asexués qui se reproduisent par mitose, ça m’aurait bien arrangé. Les injonctions et constructions sociales autour du sexe et de la sexualité féminine, c’est vraiment un pan de mon humanité que j’aurais volontiers laissé aux vestiaires sans que cela ne me manque. Jusqu’à ce que je réalise que ce n’était pas forcément “la sexualité” le soucis, mais ses représentations et l’omniprésence de l’homme et de la pénétration par la sacro-sainte verge dans ces représentations. En effet, en me ré-appropriant mon corps, j’ai découvert que je pouvais passer DES MOIS sans pénétration et sans que ça me manque. Et quand je dis ” des mois” c’est pas 2 mois 1/2 hein, mais plutôt 12 mois voire plus.

“KEWAH ?! Des mois sans pénétration ?! Et le Captain alors???”
Parce que, oui, on sait bien que quand une femme en couple hétéro affirme sa sexualité en toute indépendance de la verge, y en a toujours pour s’inquiéter du bien être sexuel de son homme #RéflexeSexiste #MerciLePatriarcat
C’est justement en avançant à deux qu’on a réalisé l’absurdité de faire reposer son épanouissement sexuel sur une (ou plusieurs hein ^^’) tierce personne.

Oui, on s’aime.
Oui, on fait l’amour.
Oui, on baise aussi.
Oui, on aime donner du plaisir à l’autre.
Mais non, on n’a pas à assumer l’entièreté de l’épanouissement sexuel de l’autre. C’était long à déconstruire, cette notion au final de devoir conjugal, de performance sexuelle autant de mon côté que du sien. Mais j’ai l’impression qu’on y parvient. Même si j’estime qu’il me reste encore énormément de choses à déconstruire, c’est libérateur de déconstruire cette injonction faite aux femmes hétérosexuelles, et d’avoir désacralisé cet aspect du sexe.

Re-sacraliser le sexe en amoureux

Non mais attends, Mad, tu viens de nous dire que t’avais cheminé pour désacraliser le sexe, et maintenant tu viens nous parler de le re-sacraliser? WTF? Cohérence / 20 ?

Donc pour celleux qui auraient du mal à suivre, je vais répondre à une question qu’on m’a souvent souvent souvent soooooooouuuuuuuvent posée sur Instagram : “Mais du coup, t’arrive encore à avoir envie du Captain ?” ou sa variante “Est-ce que vous faites encore l’amour malgré les sextoys?”. C’est une interrogation qui revient vraiment très souvent et qui va de paire avec le fait de ne pas cacher avoir pris en main son propre épanouissement sexuel. Je trouve que ça revient un peu à (se) demande “A quoi sert l’autre finalement?”. Ca pousse à se questionner et à remettre en question son désir pour l’autre. Puis-je encore avoir envie de ma moitié alors que je suis auto-suffisante pour mon plaisir sexuel? La réponse est oui.

Alors pourquoi ai-je envie de mon homme alors que je n’en ai pas “besoin”? Et bien justement, par pure envie de lui! Ca a l’air presque simplet, dit comme ça, j’en ai bien conscience. Mais quand on fait l’amour, c’est par pur désir l’un de l’autre. Et rien d’autre.

J’espère que tu comprends mieux en quoi désacraliser le sexe d’un côté a permis de le resacraliser de l’autre.

En conclusion, je ne peux que te recommander de prendre ta sexualité en main ( l’usage de sextoys pour ce faire étant un moyen intéressant mais pas exclusif) 😉

-Mad-

NB : je ne dis pas que le sexe à deux doit être sacralisé, t’as le droit d’avoir du sexe (mutuellement consenti, toujours) purement mécanique et sans intention autres que prendre du plaisir, comme tu le ferais en te masturbant ; je te rappelle que tu es sur mon blog et que c’est ma vie que je décris ici, pas une vérité générale. Prends du recul 😉

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.