Belle-maman, son fils et moi


Non classé / Monday, August 27th, 2018

Suite à ma story sur Instagram où je vous partageais le recadrage de belle-maman à cause de la fessée qu’elle a donné à MiniCaptain en vacances chez elle alors que nous sommes absolument contre, vous avez été plusieurs à me dire que j’avais de la chance d’avoir un homme qui s’oppose à sa mère et à me demander des conseils. Je ne me sens pas en position de donner des conseils, d’une part parce que c’est compliqué de juger d’une situation qu’on ne connait pas, et d’autre part parce que mon Captain n’a pas toujours été prompt à recadrer sa mère quand elle dépassait les bornes…

Du coup, plutôt que de distribuer des conseils potentiellement dangereux pour la bonne santé de vos couples, je pose ici mon témoignage sur ma/notre notre histoire avec belle-maman et la construction de notre couple. En espérant que mon témoignage puisse vous servir, vous donner des pistes, vous aider dans votre lutte pour que votre homme prenne sa place dans sa famille et arrête de subir et vous faire subir la pression de ses parents (oui ici je parle de ma belle-mère, mais j’ai bien conscience que les beaux pères peuvent être des gros cons également)

BRACE YOURSELVES, ARTICLE FLEUVE EN VUE !

La première fois que j’ai rencontré ma belle-mère, nous n’étions pas encore ensemble avec le Captain. Engagés dans un mouvement de grèves étudiantes, je passais beaucoup de temps avec le Captain qui, véhiculé, m’amenait à mes réunions et assemblées générales. Un soir où je me trouvais avec lui, il devait manger chez sa mère et il m’a incrustée au dîner. J’ai franchement accroché avec elle qui avait dressé les barricades de mai 68 à sa fac, qui s’était rebellée contre ses parents qui refusaient qu’elle fasse médecine “parce que c’est un métier d’homme”, qui avait claqué la porte au nez de son ex mari et d’un compagnon violent, qui était apparemment une femme libre et indépendante, ne craignant rien ni personne puisque proche de la retraite elle était encore et toujours en train de se battre pour les autres, en bonne déléguée syndicale. Évidemment, mon Captain a souffert du divorce de ses parents, et de la relation violente que sa mère a eu ensuite qui l’a placé dans une position de protecteur de sa maman. Tu commences à discerner un peu les contours du tableau ? Bien. Je n’en dirais pas plus sur ces deux sujets, car c’est une histoire qui lui appartient. Elle n’est pas mienne à raconter (et cet article a été lu et approuvé par mon homme, sans quoi je ne le publierais pas)

Dés que le Captain et moi avons été ensemble, sa mère s’est très vite immiscée dans nos vies. Elle m’a prodigué de très mauvais conseils (que j’ai bien entendu écoutés et suivis puisque j’étais un peu en admiration devant le personnage, j’avoue) concernant mon ancienne colocataire avec laquelle la “séparation” laissa beaucoup de cicatrices. Là, j’ai compris que les conseilleurs ne sont pas les payeurs, comme dit l’adage, et j’ai commencé à prendre un peu de recul sur ce qu’elle me disait. Et puis une fois officiellement en ménage avec le Captain, elle a commencé à débarquer chez nous à l’impromptu. Je ne pouvais pas trop la blâmer. Quand je suis arrivée dans la vie du Captain, il sortait d’une relation destructrice avec son ex qui avait formellement mis belle-maman à la porte, coupant un peu les ponts entre son fils et elle, et d’une dépression dont la seule béquille était une dizaine de joints par jours… Après cette relation, le Captain a pu renouer avec sa mère qui l’a donc récupéré dans un état pitoyable. Et pour être avec moi, le Captain a tout arrêté du jour au lendemain et en trois mois il a trouvé un CDI. Donc forcément, belle-maman m’aimait bien et était contente de pouvoir à nouveau voir son fils et le voir reprendre sa vie en main. Donc elle débarquait un peu à l’improviste, et je ne me sentais pas en position de faire la moindre remarque car, en plus de ce que je viens de vous livrer, nous vivions dans l’appartement dont elle était usufruitière et mon mari nu propriétaire. Du coup, je ne me sentais pas à ma place pour dire “Je préfèrerais que t’appelle avant de passer quand même, ça me semble la moindre des politesses, tu sais pas ce que ton fils et moi pouvons bien être en train de faire quand tu débarques” parce que je considérais que nous étions un peu chez elle.
Mais j’aurais du lui dire.

Il faut savoir que le Captain et moi sommes tombés amoureux au premier regard mais étions chacun entre deux relations avec plus ou moins une nouvelle relation en train de naître, donc nous ne sommes rien dit sur le moment, pensant chacun de notre côté que l’autre n’était pas intéressé. Et quand nous nous sommes (re)trouvés un an plus tard et avoué ce coup de foudre réciproque, nous avons décidé de ne plus perdre de temps. Pourquoi je te dis ça ? Parce que nous nous sommes mis ensemble un mois d’octobre pour annoncer nos fiançailles le mois de décembre de la même année, nous pacser 6 mois plus tard et nous marier 1 an et demi après. Ce qui a valu une réaction de ma belle-soeur que je n’oublierais jamais tant elle a fait bondir la féministe en moi “J’ai toujours su que t’aurais des enfants avant moi” (mais non, je n’étais pas enceinte, nous étions juste très amoureux et nous savions que nous étions faits l’un pour l’autre). Ca te donne un peu une idée de l’onde de choc qui a parcouru ma belle-famille pour laquelle je suis passée du statut de sauveuse à bourreau #TriangleDeKarpman, le Captain étant forcément victime d’une manipulatrice qui en avait après son salaire d’ingé et l’appartement dont il était (nu) propriétaire. Mais mon Captain n’a pas relevé les réactions aberrantes, ou manque de réaction. “Ca les regarde”

Nous avons donc commencé nos préparatifs de mariage. Et là, je vais diverger un peu, je reviendrai sur belle-maman plus tard. Nous avons subi la jalousie d’un couple de ses amis qui ont fini par clairement nous accuser de leur voler leur mariage et ont accusé le Captain de tellement les envier qu’il avait pris la première venue pour concrétiser tout ce qu’il leur enviait. Evidemment, mon Captain les aimaient comme on aime des amis très proches et n’a jamais pris notre défense. Ni la mienne quand elle m’a attaquée sur le fait que je ne pourrais peut être jamais être maman (car oui, avant d’être une connasse de C1, fut un temps où j’ai du faire le deuil de porter un jour la vie, mais c’est une histoire pour un autre article un jour peut être). Je me suis sentie vraiment ridiculement peu importante à ses yeux. Ca a beaucoup affecté notre couple autant avant qu’après notre mariage. D’autant plus que ça a ouvert des portes pour belle-maman. Qui s’est donc immiscée dans les préparatifs de notre mariage, arrivant même à m’évacuer de la mise en place de la salle la veille de notre mariage sans que mon Captain ne réagisse. Les petits incidents et accrocs avec elle se sont cumulés au fil des mois, au fils des ans. Et jamais le Captain ne disait rien.

Est arrivée la grossesse. Pire que l’annonce de nos fiançailles, l’annonce de la grossesse a été accueillie comme si nous avions annoncé que quelqu’un était mort. Logiquement, nous nous sommes mis en quête d’un nouvel appartement que nous achèterions nous et qui aurait une chambre pour MiniCaptain. Et donc elle s’est mise à visiter des appartements pour nous (oui oui, tu lis bien “pour nous” et pas “avec nous” : elle a fait ses recherches immobilières de son côté, en nous disant lesquels nous devions visiter). C’est ainsi que je me suis retrouvée, enceinte, à acheter un appartement que j’avais déjà visité et éliminé… Mais comme sa mère lui avait dit que cet appartement (idéalement situé à deux rues de chez elle) était bien, mon Captain était allé le visiter, ne se rappelant même pas que je l’avais vu et éliminé. Manque de bol, même en faisant une offre 30 000 € en dessous du prix demandé pour faire plaisir à mon Captain avec l’espoir secret que ce soit refusé, ce fut accepté…. Après l’achat de l’appartement que belle-maman avait choisi pour nous, donc, il y a eu les travaux. Pour lesquels elle nous faisait des plans! Oui, tu lis bien, en plus de faire la chasse aux appartements pour nous, maintenant elle nous faisait les plans et nous disait comment aménager notre chez nous. Et puis au cours des travaux, à 6 mois et demi de grossesse, est arrivé l’agression. Elle a explosé à mon encontre, et tout ce qu’a trouvé à dire le Captain c’est “Ah bah enfin vous vous parlez en direct! Je suis content que ça arrive parce que j’en ai marre d’être entre vous” Le coup de grâce. Ma belle-mère venait de me planter un poignard dans le ventre en me disant que je n’étais ni bonne à mon boulot, ni une bonne compagne pour son fils et que je ne serais certainement jamais une bonne mère. Et mon mari venait de me planter un poignard dans le dos et dans le coeur et se réjouissant que sa mère me dise enfin les choses en face après lui avoir déversé son venin à mon encontre depuis des mois (sans qu’il ne me défende, bien entendu). Pour vous dire à quel point j’étais dévastée, je suis partie en pleurant, en disant à mon homme que puisque je n’étais bonne à rien, à l’accouchement je leur laisserais mon fils à sa mère et lui et je mettrais fin à mes jours en suivant et que je leur souhaitais tout le bonheur du monde.

Oui. J’étais sous le choc. Et blessée comme jamais dans ma vie je ne l’ai été.

Mon Captain m’a dit qu’il comprenait qu’il venait de perdre sa mère, parce qu’il me choisissait moi et que me choisir moi impliquait la sortir de nos vies. Ce que j’ai bien évidemment refusé et qui a enfoncé le couteau dans le coeur un peu plus profondément car j’ai eu l’impression que le Captain ne me connaissait pas. Je lui ai bien dit que jamais je ne lui demanderais de choisir entre sa mère et moi, car la famille c’est sacré et que je ne voulais qu’un jour il m’en veuille d’avoir coupé les ponts avec elle. En revanche, j’ai refusé d’entendre parler d’elle jusqu’à la naissance. Je ne lui interdisais pas de la voir, mais je ne voulais rien entendre à son sujet. Et bien évidemment ne plus la voir.

MiniCaptain est né. J’ai cédé à l’envie de mon Captain que les choses s’arrangent et j’ai accepté qu’elle vienne voir son petit fils à la maternité. Grosse erreur. Elle a essayé de me l’arracher des bras alors qu’il n’avait pas 24h. Sauf que depuis l’agression, qui était la dernière fois où je l’avais vue, j’étais devenue maman et il était hors de question que mon fils subisse ce que mon mari subissait. Donc je ne l’ai pas laissée faire. Je ne me suis pas laissée faire. Et nous avons vécu un véritable baby clash avec le Captain. Nous nous aimions encore mais nous n’arrivions à nous parler que pour enchainer les reproches et les blessures. Nous nous aimions toujours mais n’arrivions plus à nous aimer. Alors quand MiniCaptain a eu un mois, nous avons décidé de faire une thérapie de couple pour arriver à nous aimer à nouveau avec tout l’Amour qu’il y avait entre nous.

Bien évidemment, ça a pris du temps. Quelques mois. Au cours de cette thérapie j’ai pu exposer presque sans reproches, presque factuellement, les évènements et incidents qui m’avaient amené à une complète dévalorisation de ma personne et un coeur brisé, rempli de frustration et de colère, que je pensais irréparable. Et au delà de parler, j’ai pu être entendue par le Captain, grâce à notre thérapeute qui contrait ses mécanismes de défense pour aller chercher ce que mes récits lui faisaient ressentir. Au cours de cette thérapie, il a aussi compris quel rôle il devait prendre auprès de la famille dans laquelle il avait grandi pour la famille qu’il avait construite. Il a compris que non, sa mère ne lui retirerait pas son amour parce qu’il défendrait sa femme et son fils, mais qu’au contraire leur relation s’assainirait. C’était compliqué. Le chemin pavé de culpabilité. Des choses ont mis du temps à cicatriser. Parfois on se fâchait après les séances. Pourtant au fil des semaines, les soirs de séance sont devenus nos soirées en amoureux. Oui, des choses difficiles étaient dites, entendues et comprises. La brulure de l’échec s’est faite ressentir plusieurs fois. Mais c’était un mal nécessaire pour réparer notre relation et lui permettre de grandir à nouveau.

Bien entendu, cette thérapie de couple n’a pas été une solution miracle, puisqu’un an plus tard, après une autre attaque de sa famille contre ma personne, je suis partie chez mon père avec MiniCaptain pour prendre du recul sur tout ça, ne sachant quand, ni même si, je reviendrais. Oui notre relation avait progressé, mais encore une attaque où il n’avait pas réagi. La différence alors, c’est que nous avons été capables d’en parler, de poser des mots sur nos maux en évitant d’accuser l’autre. Maintenant, tous les accrocs qui peuvent avoir lieu sont des expériences qui nous rapprochent et nous soudent d’autant plus. Comme l’incident de cette semaine avec ma belle-mère et mon fils. Ce sont le genre de situations qui nous permettent aussi de constater que nous avons grandi, notre couple aussi, que nous avançons toujours ensemble et toujours dans la même direction.

Quand on nous dit que nous avons de la chance, on sourit. Oui on s’aime. Oui nous sommes ensemble depuis des années. Oui nous allons avoir un deuxième enfant. Mais la seule chance que nous ayons eu, c’est de nous être trouvés. Le reste, nous l’avons construit et continuons de le construire au rythme de nos envies, de nos disputes, de nos joies, de nos peines, de nos difficultés et de comment nous les surmontons à deux.

2 Replies to “Belle-maman, son fils et moi”

  1. “Ah, Alcippée… Si seulement je pouvais la faire à votre place, cette enfant… Au moins je suis sûre qu’elle serait bien faite”…
    Voilà ce que j’ai pris dans la tête, enceinte… Point culminant à mon sens de toutes les petites réflexions assassines de mon ex-belle-mère…

    Tu comprends donc que je suis en totale empathie avec toi…

    La chance que j’ai, c’est qu’elle habitait à plus de 800km…

    Mais le coup de passer n’importe quand et de s’immiscer dans le couple, elle l’a fait à son autre fils… Donc, elle l’aurait fait pour moi aussi, j’en suis sûre…

    1. Ah comme je t’envie les 800Km ! J’ai passé 6 ans avec elle à côté et ça nous a vraiment affecté. Maintenant que nous sommes à 140 bornes d’elle, les occasions que les choses se passent mal sont réduites (mais elle n’en rate pourtant aucune…)

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