Allaiter, une évidence pour moi – SMAM 2018


Billets d'humeur / Wednesday, October 17th, 2018

Dans cet article, tu vas retrouver des illustrations de Tétées Entétées dont tu peux acheter le livre ici et une vidéo de Apasdemoa qui a lancé Normalisons l’Allaitement, dont j’ai la chance de faire partie, en plus de la photo de bannière qui est de moi

Je n’ai jamais envisagé une seule seconde de donner du lait artificiel à MiniCaptain. J’avais prévu, à contre coeur, des biberons sur la liste de naissance, pour faire taire les mauvaises langues qui disaient “oui mais si t’as pas de lait”. J’avais matériellement tout de prêt pour l’allaitement : hauts adaptés, coussinets d’allaitement et lit de cododo pour pas avoir à me lever la nuit.

Préparation à l’allaitement

On parle constamment de la préparation à l’accouchement (qui, classiquement, est une préparation aux protocoles hospitaliers plus qu’une véritable préparation à accoucher) mais jamais de préparation à l’allaitement. Et c’est bien dommage!

Sache que dans le cursus universitaire classique d’un.e obstétricien.ne, l’allaitement tient en 6h de cours. Six heures seulement pour aborder la complexe question de l’allaitement : son fonctionnement, sa mise en place, sa pérennisation, la question du sevrage… Ne sont abordés que son fonctionnement biologique (exit donc la psychée de la mère allaitante qui peut pourtant grandement influer) et les pathologies liées. Evidemment. Notre médecine est basée sur le pathologique avant l’humain. Pas surprenant donc.

Sachant la pauvreté de la formation universitaire des praticien.ne.s (les avantages d’avoir une meilleure amie en médecine) j’ai décidé de ne rien laisser au hasard et j’ai cherché LE livre qui serait le plus factuel possible en en compulsant une bonne douzaine. Bien que le spirituel puisse jouer pour certaines, j’ai plutôt tendance à préférer comprendre le mécanisme et la physionomie des choses. Car les livres dont la ligne éditoriale se résument à “Si on le veut vraiment, on y arrive” sont culpabilisants et lacunaires (problèmes que je rencontre avec certains bouquins que je compulse actuellement pour mon accouchement à domicile).

Et j’ai trouvé LE livre que j’ai prêté à toutes mes copines qui voulaient allaiter :

Je peux l’affirmer aujourd’hui : ce livre à lui seul à permis que je mette en place mon allaitement toute seule!

Ne pas compter sur le personnel médical

Comme je l’ai dit au dessus, la formation sur l’allaitement, en plus d’être extrêmement lacunaire, est totalement orientée pathologies. Comme pour l’accouchement d’ailleurs. En même temps, c’est le rôle des médecins de pallier aux pathologies donc il est quelque par logique qu’on leur apprenne à voire par ce prisme là uniquement (même si c’est fort dommageable)

Mon fils a décidé de naître une veille de jour férié. La maternité était en effectif réduit donc, en ce long week end. La deuxième nuit (enfin troisième puisqu’il est né en pleine nuit ^^) j’ai eu du mal à le mettre au sein. Il était tard, j’étais fatiguée, il pleurait beaucoup, l’ocytocine injectée contre ma volonté lors de l’accouchement devait interférer à certains niveaux, bref : je ne m’en sortais pas. J’ai sonné. La SF qui est venue m’a aidé à le mettre au sein de façon à ce qu’il tète et se calme mais, pour la première fois depuis sa naissance, ça m’a fait mal!

J’étais tellement soulagée qu’il ne pleure plus que je n’ai pas cherché à corriger la position. Mais le fait est que c’était une mauvaise position qui , si j’avais recommencé les fois suivantes, aurait fini par causer des crevasses. Car non, l’allaitement, passé les premiers jours, ne doit pas faire mal. Si tu as mal c’est que ton bébé est mal positionné, documente toi auprès de sources fiables pour avoir une bonne position!

Cette absence d’accompagnement durant les deux premiers jours sur l’allaitement, et cette mauvaise position, douloureuse, la seule fois où j’ai demandé de l’aide, m’ont beaucoup marquées. Le personnel s’assurait que MiniCaptain ne perde pas trop de poids (NB : il a tout juste perdu 100g avant d’exploser toutes les courbes ^^’) mais personne ne s’assurait de savoir comment se déroulait l’allaitement… J’aurais pu avoir les seins en sang, du moment que le bébé prenait du poids, tout allait bien pour eux…

“Mais si ton lait n’est pas assez nourrissant ?”

Notre corps est conçu pour accoucher et pour allaiter. Il n’y a aucune raison physiologique pour une femme en bonne santé sans problèmes de ne pas pouvoir allaiter son enfant né à terme !

Une fois armée de tous les savoirs contenus dans le livre du Dr Thirion, j’ai pu commencer à répondre aux personnes qui projetaient leurs peurs sur moi (tu imagines bien que ces mêmes personnes ne sont pas au courant de notre projet d’accouchement à domicile pour des raisons évidentes).

Mais c’était très dur d’expliquer à ma belle-mère par exemple que si, son lait était assez nourrissant et qu’elle a été en fait victime d’un corps médical qui méconnaissait encore plus qu’aujourd’hui le fonctionnement de l’allaitement. Ou encore à ma soeur que si, elle aurait pu tire-allaiter ma nièce née avec 3 semaines d’avance si elle avait été accompagnée par un personnel informé et éclairé. Ou alors à ma belle-soeur que non, 4 semaines d’allaitement ce n’est pas un allaitement long.

Ce choix assumé et revendiqué d’allaiter MiniCaptain a créé beaucoup de tensions autour de moi. J’ai eu énormément de mal à vivre toutes ces histoires qu’on me racontait sur les allaitements ratés à cause de l’ignorance des soignants sur l’allaitement et à cause de l’ignorance des mamans sur leur capacité à allaiter. J’ai beaucoup du mal à comprendre toutes ces mamans pour lesquelles l’allaitement était si important mais qui n’ont jamais fait d’autres démarches pour s’instruire que faire confiance à leur sage-femme ou compte sur “l’instinct”. Je suis du genre à étudier un projet en long en large et en travers quand j’ai envie de le concrétiser. Et quand je lis ou entends la douleur de mamans qui ont du faire le deuil douloureux de leur allaitement, je m’interroge toujours de savoir pourquoi elles ne se sont pas plus/mieux documenter sur le sujet, pourquoi elles ont fait confiance à l’équipe médicale… Ces allaitements ratés, souvent douloureux pour les mamans, soulèvent tellement de questions.

Comment se fait-il que l’humanité perde/ait perdu ce savoir ancestral, cet instinct animal, et outils indispensable à la pérennité de l’espèce en quelques siècles à peine après des milliers d’années d’existence ? Comment en est-on arrivé à cette société qui infantilise la femme enceinte et remet en question la mère au point qu’elle ne sache plus ni accoucher ni allaiter ? A quel moment nos mamelles sont-elles devenues tellement sexualisées qu’allaiter est une honte pour certaines et qu’elles ressentent le besoin de se cacher ? Comment se fait-il qu’une véritable formation sur l’allaitement ne soit proposée que dans des DU spécialisés et pas dans le cursus de base des métiers de soignants ? C’était (c’est toujours) tellement frustrant d’identifier les défaillances dans tous les récits d’allaitements ratés. Surtout quand il s’agit de lieux communs comme “Mon lait n’était pas assez nourrissant”, “Je n’avais pas assez de lait”, “Il tétait à vide”…

Tous ces récits douloureux et raisons erronées d’avoir mis un terme à l’allaitement ont fini de me convaincre qu’allaiter était une forme de reprendre la maîtrise de mon corps de femme face à cette société qui nous convainc qu’il est sale, mal conçu, dysfonctionnant et que les corps médical est mieux placé que nous pour le comprendre.

Allaiter, un acte féministe

Plus frustrants encore étaient les arguments sexistes “Ca fait trop animal” ou encore “Je veux préserver ma féminité”.

Flash news : nous sommes des mammifères, donc tu es un animal, donc tu peux allaiter sans que ça fasse “trop” animal, rassure toi, ça fera juste mammifère.

Et puis ça veut dire quoi “rester féminine” ? Rester sexuellement disponible pour les besoin de monsieur (et donc ne pas allaiter parce que complexe de la mère et de la putain) ? Croire que l’allaitement abime la poitrine et donc refuser d’allaiter pour garder une “jolie” poitrine selon les normes de désirabilité de notre société ? Ne donner aux seins qu’une fonction sexuelle et renier leur nature nourricière ?

Je n’ai jamais compris ces arguments. Ils ont toujours déclenché en moi une levée de boucliers virulente. J’étais franchement hostile aux mamans qui tenaient se discours sexiste jusqu’à ce que je comprenne que se sont en fait des victimes du sexisme au plus haut degré : le sexisme intégré. Puisqu’elles avaient tellement bien intégrer le sexisme de notre société qu’elles le perpétraient en avançant ces arguments, au final elles ne m’ont plus parues à blamer. Je suis passée de “Franchement quelles gourdes!” à “Il faut vraiment normaliser l’allaitement et déconstruire ce sexisme intégré pour qu’elles puissent faire un choix réellement éclairé”.

Allaiter est alors devenu pour moi un acte féministe. Mes seins retrouvaient leur fonction première de mamelles après avoir vécu dans le malaise de leur sexualisation depuis qu’ils étaient apparus volumineux. Pendant ma grossesse j’ai abandonné les soutien-gorges et la lingerie. Je suis passée en no-bra. J’ai vécu ma montée de lait et mon allaitement en toute liberté. J’allaitais mon fils quand il en avait besoin, quelque soit le lieu. J’étais animée de cette force militante qui refusait que mes seins soient sexualisés à nouveau un jour et de cet instinct de mère qui m’exhortait à ne jamais donné de lait artificiel à mon fils.

Nos seins, plus que jamais en 2018, sont politiques quand on décide d’allaiter.

Les difficultés de l’allaitement

Je ne pourrais pas te parler de crevasses, je n’en ai jamais eu. Je ne pourrais pas te parler de complications suite à une mastite car des qu’un canal lactifère se bouchait, je savais le déboucher pour que ça ne dégénère pas. Je ne pourrais pas de parler de bébé RGO car ne consommant plus de produits laitiers ni de gluten à l’époque, MiniCpatain a eu une super digestion dés le départ.

La seule chose dont je peux parler d’expérience, c’est le REF : Réflexe d’Ejection Fort. Pour faire simple, en sortant mon sein au moment de la tétée, j’arrosais à 3m devant moi. En multi-jets. Mais là encore aucune difficulté puisque j’étais renseignée et solidement documentée sur la science derrière l’allaitement, en plus d’être déterminée à ce que cet allaitement se poursuive jusqu’au sevrage naturel. Donc j’ai géré le REF sans soucis, et MiniCaptain a pu tranquillement flemmarder au sein puisque maman avait un bon débit ^^’

Le conseil de Tata Captain

D O C U M E N T E   T O I !

A l’aire d’internet, tu n’as aucune excuse pour ne pas te documenter sur l’allaitement si ça te tient à coeur ! En plus du livre que j’ai cité plus haut(si tu n’as le temps de lire qu’un seul livre concernant l’allaitement, ne lis pas un autre que celui ci) tu as maintenant des chaines YouTube qui reprennent tout ce savoir ancestral passé au crible de la science pour te donner les outils pour comprendre comment ton corps fonctionne et comment réussir ton allaitement.

Je te recommande en tête la chaine de Apasdemoa

Ne compte pas sur l’isntinct ou sur les autres pour réussir ton allaitement. Anticipe. Documente toi. Renseigne toi. Informe toi. Forme toi.

Savoir c’est pouvoir.

Et au moins si ça ne marche pas (parce que ça peut ne pas marcher) tu sauras pourquoi et ça t’évitera de culpabiliser et d’avoir un sentiment d’échec <3

3 Replies to “Allaiter, une évidence pour moi – SMAM 2018”

  1. D’accord à 200%!
    Malheureusement tout ça n’est pas inné… l’accouchement, l’allaitement, quand j’ai appris que j’étais enceinte l’année dernière tout de suite une soif incroyable de me documenter, me renseigner, savoir, connaitre tous les rouages pour etre préparer d’abord à l’accouchement et aux eventuelles complications, mais aussi à l’allaitement, je savais qu’on me dirait n’importe quoi, je savais qu’apres un accouchement, la fatigue prend parfois le dessus et qu’on est suceptible de faire des choix de facilité et d’écouter les mauvaises personnes! Je me suis accroché à cet allaitement pourtant si douloureux au depart, j’ai envoyé boulé ceux qui me disais que peut etre mon lait avait mauvais gout ou pas suffisant pour mon fils.. aujourd’hui apres quasiment 6mois d’allaitement exclusif les mauvaises langues se sont tus. Mon fils est en pleine forme grandit et grossi concenablement!
    J’aimerai tellement militer pour cette cause, normaliser l’allaitement… mais je sais que comme tu dis le sexisme en a eu pas mal d’entre nous, beaucoup de mes copines refusent d’allaiter car elles trouvent cela malsain.. comme elle prenne du plaisir sexuel par les sein avec leur partenaire l’idee meme d’etre tétee par un bebe signifie de l’inceste pour elles… je ne sais comment les convaincre de faire la part des choses..
    En tout cas merci pour cet article!

    1. Merci pour ton beau témoignage et bravo pour ton allaitement ✨
      Cet argument de l’inceste m’horripile… Ces femmes ont tellement integrer qu’elles étaient des objets sexuels qu’elles ne voient plus que par ce prisme, c’est désespérant.
      Pour ma part j’ai passe un temps à limiter activement sur les réseaux sociaux, jusqu’à épuiser ma patience et ma pédagogie. Je suis à mi chemin entre “partager mon expérience avec bienveillance en coupant les personnes perdues sur l’autel du patriarcat” et “vivre ma vie comme je l’entends en étant le changement que je veux voir en ce monde”

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