6 novembre 15h35


Billets d'humeur / Tuesday, November 6th, 2018

Y a des jours, tu sais mon Amour, je suis fatiguée de lutter et d’être toujours plus indignée. Pour toujours plus de choses.

Y a des jours où je me maudis d’avoir pris la pilule rouge pour voir jusqu’où va le terrier. Parce que cette saleté de terrier, je n’en ai toujours pas vu le bout. Et je crois que je ne ne le verrais jamais. Ni toi non plus.

Parce que oui, le féminisme, c’est Matrix, mon Amour. Tu vis en ignorant presque tout mais pourtant en subissant passivement à chaque instant. Et puis un jour tu prends la pilule rouge. Parce que tu sens que quelque chose cloche. Parce que le monde autour de toi ne fait pas parfaitement sens. Parce que tu ne commences à trouver des réponses que quand tu t’aventures là où on ne veut pas que tu cherches. Parce que tu sais que tu ne pourras jamais continuer en l’état.

Alors tu la prends cette pétain de pilule rouge. Et tu tombes dans ce fichu terrier. Et tu découvres à quel point ce monde est vicié. Et cette chose si épuisante qu’on appelle le féminisme t’ouvre les yeux sur tant d’autres oppressions que tu en viens parfois à te dire “et encore j’ai de la chance je suis une femme cis blanche valide” tellement ce monde est pourri!

Et là des boucliers se lèvent, c’est le concours de qui souffre le plus et de quelle cause devrait primer sur toutes les autres. Parce qu’il y a encore des gens qui pensent que les luttes de peuvent pas, ne doivent pas converger. Quand “diviser pour mieux régner” s’applique là où il ne devrait y avoir que sororité.

Y a des jours mon Amour où je prie tou.te.s les Saint.e.s auxquel.le.s je ne crois pas pour que tes gonades ne soient pas internes pour que jamais tu ne vives ce que je vis, ce que j’ai vécu. D’autres jours où je prie pour que tes gonades ne soient pas externes pour me sentir moins seule dans cette lutte et pouvoir transmettre ce savoir que j’ai acquis si durement.

Et y a des jours, mon Amour, je comprends Cypher et sa trahison. Moi aussi j’aimerais parfois pouvoir profiter d’un bon steak saignant sans me soucier de ce qu’il se passe en réalité.

Je me conforte souvent en me disant que tu ne naitras pas branchées au système. C’est déjà ça. Même si ça ne veut pas dire pour autant que tu ne le subiras pas de plein fouet.

Y a des jours où j’espère qu’à mes vieux jours, quand je raconterais le patriarcat à tes enfant.e.s, iels me regarderont avec incrédulité en me disant que mon époque devait être horrible et se réconfortant d’être né.e.s dans une époque où ça n’existe plus, comme notre génération avec les récits de guerres de nos grands-pères.

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